Balade Pyros #3 – Route du Beau Soleil
Pour cette troisième balade en zone de lisière de l’Estaque, nous sommes de nouveau une quarantaine à nous retrouver pour échanger des connaissances et des vécus sur les territoires du feu. Cette journée démarrera par une lecture par Agnès de la Colline, de son récit de l’incendie de 2001. Nous le mettrons en regard des apprentissages des rencontres précédentes et connaissances des intervenant·es du jour sur les paysages, les aménagements, et les coopérations institutionnelles du point de vue d’un quartier.

Sont parmi nous aujourd’hui : Jordan Szcrupak (paysagiste-concepteur), Agnès de la Colline (membre du groupe habitant de l’Ecole du Feu au sein du collectif de l’incendie du 8 juillet), Francis Talin (travaille à la ville de Marseille au sein de la Direction de la transition écologique sur la thématique de l’eau et les sols), Marie-Blanche Apercé Chamoulaud (Présidente du CIQ des Hauts de l’Estaque, engagée dans le tissu associatif local – Marie-blanche a vécu plusieurs incendies et a intégralement perdu sa maison dans celui du 8 juillet 2025), et Agnès Jouaneaut, habitante qui nous accueillera dans sa maison en fin de journée.
La lettre Agnès de la Colline sur l’incendie de 2001
Lecture par Agnès :
« J’avais fini ma journée à 13h, quand je passais à table avec des copines venues de Lyon. Assises en face de la fenêtre, elles me demandent ce que c’est que ce gros nuage gris côté Nord Ouest. Je lance « Sûrement Lafarge qui a fait exploser un bloc de rocher ! ». Mais à y regarder de plus près, je m’interroge. J’appelle le 18. Les pompiers m’informent qu’un feu est parti des Pennes Mirabeau. Je leur explique alors que je suis une maison isolée, seule, entourée de pinède, que dois-je faire ? Ils me répondent que je le saurais bien à temps, si le feu devait avancer, et que dans ce cas, il faudrait fermer les volets et fenêtres, et partir.
N’étant pas de la région, je n’ai aucun soupçon quant à la rapidité d’un feu. Par contre, les Canadairs au-dessus de ma tête me saoulent par leur bruit. Je dis à mes copines d’aller se baigner, et moi je vais aller faire faire la sieste à mon fils de deux ans et demi à la Calade. Par précaution de maman je prends juste un tricot pour mon fils. Il traînait sur la table un gros carton avec tous les papiers administratifs (nous n’avions pas encore fini l’ameublement), je me dis : « ça ne me coûte rien de le mettre dans le coffre de la voiture… »
Je passai l’après-midi tranquille à bouquiner, avec le ronflement des allers-retours de Canadairs. Vers 17h, le père de mon fils revient anéanti, n’ayant pas eu le droit de remonter au Marinier. La crainte s’installe alors chez moi, réalisant le gros danger.
À minuit, nous avons eu le droit de monter à pied à la Villa Bellarue. De là, je vis, dans la nuit noire, à la même latitude, les braises incandescentes qui devaient se situer à la hauteur de la maison, par touches éloignées ; j’imaginais que c’était les espaces entre les portes-fenêtres. Vers 2h du matin, nous avions le droit de remonter le Marinier à pied. En bas de mon chemin, une voiture de police était postée. Elle nous a dit que selon leurs infos, aucune maison du Marinier n’avait été touchée. Ils nous ont conduit jusque devant notre maison. Le chemin était beau de nuit. Les silhouettes des grands pins se dressaient comme des ombres dans la nuit noire. Les pleins phares de la voiture de Police se flanquaient contre notre façade, crépie depuis 4 mois, et restée toute aussi colorée. Quelle bonne nouvelle !
Dans la matinée, nous revenons de notre propre chef à pied dans le Marinier. L’odeur était très présente, comme un manteau enveloppant toute la nature. Quelle ne fut pas ma surprise, quand je découvris ma colline. Les belles ombres de la nuit n’étaient en fait que des silhouettes maigres tels des squelettes de conifères. Ce fut un choc. Ma crédulité, mon ignorance de cette région, mon nez, avaient occulté le fait que le feu soit passé sur mon terrain. J’avais changé de planète, désormais j’allais devoir apprendre à vivre sur Planète Lune. Les cigales étourdissantes de la veille laissaient place à un silence où le moindre bruit se faisait présent.
Rapidement la réalité se rappelait à moi : des journalistes arrivaient, m’emmenaient dans leur tourbillon de questions, me demandant de me placer près du poulailler… Moi, le regard hagard, je ne comprenais pas l’enjeu. Je pose alors devant le poulailler, consciencieusement. Ils me reprennent me demandant de prendre une tête plus affectée, j’étais complètement à l’ouest. Mes poules, comme dans Pompéi, étaient restées là… Sagement couchées au sol, comme jamais elles ne dormaient. Je réalise qu’il ne m’était pas venue une seconde à l’esprit la veille, d’ouvrir le poulailler pour les libérer. Et pour cause, je n’avais aucune expérience du Sud par fort Mistral d’été, et donc de son risque.
Le lendemain vint la colère quand je lisais un article ridicule dans le journal. Il m’appelait « la Miraculée » en photo devant mon poulailler avec l’air attristé qu’on m’avait demandé de prendre. J’ai ressenti de la honte. L’article était destiné à faire pleurer les gens devant mes poules, certes malheureusement calcinées, alors que les pompiers avaient sauvé ma maison ! J’ai aussitôt déchiré ce journal.
La solidarité s’en est suivie. Très rapidement, un service de pompiers, équipé de tronçonneuses, a été mandaté pour couper les arbres à un mètre de haut, puis des voisins étaient là pour mettre les tronc en travers et créer des fascines, qu’ils appelaient. Moi j’étais là avec mon petit, je les voyais tous oeuvrer dans la pente, et nous fûmes très touchés de savoir qu’il y avait aussi des gens, que nous ne connaissions pas, de la colline d’en face qui s’étaient mobilisés, c’était les Apercé !
La pente, elle s’offrait toute nue ; pour la première fois, elle me dessinait ses courbes, en noir et blanc. Son calcaire réfléchissait sa lumière, tandis que le noir de sa suie s’éclipsait de jour en jour. Cette année-là, nous avons eu une chance extraordinaire. Point de gros orages de fin d’été ; que des petites pluies fines et pénétrantes. On aurait dit que la Nature avait envie de nous cajoler. Et elle le fit !
La renaissance fut un émerveillement. Alors que l’odeur persistait, un nouveau tableau s’offrit à nous rapidement. Un vert tendre coulait sous nos yeux, puis le printemps fit surgir un pastel explosif de roses des cistes et de jaunes que j’ignorais de ces collines. Le vert-gris des pins avait laissé place à une naissance de couleurs. Les oiseaux, que nous avons sous la pinède, commencèrent à piailler comme jamais je ne les avais entendus ici. Je n’étais pas à la fin de mon enchantement….
Par une belle et chaude journée d’été, me prélassant sur les balustres de ma terrasse, je vis au loin un rouge vif sortir d’une fascine en bas de colline. « Voilà un pull de mon petit Geoffrey qui s’est laissé porter par le vent ». Je descends à travers les argélas piquants qui colonisent rapidement les espaces incendiés, et je fais un arrêt net…. Je n’en crois pas mes yeux ! Un pied, se faufilant, se torsadant au travers de la fascine, grimpant au ciel, pendant que ses racines se nourrissaient paisiblement de l’ombre du mini sous-bois des troncs dégarnis et noircis… Un pied, un pied d’énormes tomates ! Ce fut, jusqu’à nos jours, ma plus belle, longue et bonne récolte d’énormes tomates cueillies jusqu’à début novembre !
En conclusion, en 2001, je suis partie de chez moi, inconsciente du réel danger. En 2025, je suis partie en disant « dans une heure, nous n’aurons plus la même vie », je ne doutais que notre paysage allait se modifier, mais avec ma grande plateforme, et le fait qu’il n’y ait plus beaucoup de pinède, jamais je pensais que ma maison subirait ces dommages.
Comme quoi, il nous faut nous mobiliser tous ensemble, pour trouver ensemble de nouvelles stratégies de s’approprier le feu. Merci à l’École de Feu. »
Observation des différents phénomènes post-incendies visibles autour de nous

Jordan Szcrupak :
- L’exemple des énormes tomates d’Agnès est très parlant du point de vue de la régénération d’un couvert végétal post-incendie. Après le passage d’un incendie, l’ensemble de la végétation qui est incinérée libère des composés organiques volatiles qui entrent en combustion. Les cendres sont donc chargées en potasse, et la potasse est un signal pour les plantes de produire de gros fruits.
- Si l’on se retourne, on constate qu’il y a une couverture fine de la végétation. On voit le chêne kermès repartir. Sa stratégie est d’avoir ses bourgeons dans le sol qui ne brûlent pas et repartent très vite après l’incendie : ce sont des ligneux.
- On observe également des pistachiers : on les repère aux branches calcinées et aux touffes qui repartent du pied. Eux, comme beaucoup de végétaux méditerranéens, sont des lignotubers : ils ont des troncs souterrains, et seules les branches émergent au-delà du sol.
- Plus on balaie du regard, plus on voit de petits arbres. Cela indique que les arbres sont juvéniles. Les plus petits, nés après le dernier feu, n’ont donc pas eu le temps de se développer pleinement.
- Les jeunes pins sont dits sérotineux : au lieu de se protéger, ils prennent feu intégralement et misent tout sur la future génération, semée par les pommes de pin qui dispersent des graines tout autour. Ils peuvent se répartir sur de grandes distances grâce au vent. Ils repoussent car ils disposent d’un sol assez nu et de matière calcinée qui leur fournit des ressources pour la reprise.
- Le ciste possède une banque de graines dans le sol, et il leur faut un choc thermique pour sortir de la dormance (jusqu’à 1 000 graines au m²).
Des incendies de plus en plus fréquents et des cycles de régénération raccourcis
Jordan nous introduit à la question d’une gestion collective du paysage dans les territoires à risque. Cela dans une optique de réduction de la vulnérabilité des parcelles bâties. Les solutions techniques évoquées vont de la gestion de l’eau à l’échelle du bassin versant à la gestion forestière en interface habitat/forêt, notamment via les pratiques de brûlages dirigés et de sylvopastoralisme.
Les retours périodiques du feu en Méditerranée passent aujourd’hui sous les 25 ans. Les cycles sont raccourcis : 7 grands feux par an en 1995-2020, 10 par an en 2020-2050, et jusqu’à 20 par an projetés en 2090. Les phases sont alors plus précoces et ne permettent pas une régénération complète des écosystèmes… En ce sens, nous pourrions être tentés par le « laisser faire », mais c’est délicat puisqu’il existe des bâtis et des enjeux humains sur les territoires concernés par les feux.
Aujourd’hui, cette situation dans les espaces d’interface ville-forêt des amphithéâtres méditerranéens crée une combinaison menaçante qui pousse à se poser la question de la réduction de la vulnérabilité, à l’échelle de l’auto-protection individuelle et collective. Elle interroge aussi, à l’échelle des massifs, la manière de les ménager afin que les feux s’y propagent de façon moins fulgurante.
Retenir l’eau dans les collines
Jordan Szcrupak : Les pluies fines permettent une repousse efficace, contrairement aux pluies diluviennes, qui ravinent les sols si elles ne sont pas atténuées par des aménagements du paysage.
Francis [devant un chemin que nous montre Agnès de la Colline, tracé pour dévier l’eau] : Ici, le ralentissement de l’eau protège un peu la route en béton. Mais vouloir stopper l’eau en aval, ça ne fonctionne pas : on peut la freiner, pas la contenir. Pour être efficace, il faudrait intervenir plus en amont.
Se pose alors la question des restanques pour retenir l’eau : pourquoi n’y en a-t-il pas ici ? Le sol était impropre à l’agriculture, il s’agissait en fait d’une zone de pâturages. Les ruissellement de la colline apportaient donc des minéraux des troupeaux sur les sols des premières restanques, présentes plus bas. Ce n’est que récemment que des habitations se sont installées à ce niveau.
Quels autres systèmes que la restanque peuvent retenir de l’eau et les sols ? Il faudra choisir certaines végétations résistant à la chaleur et retenant les sols, recréer des zones tampons avec les habitats pour protéger la biodiversité, créer de nouvelles banques de graines. Ces zones, plus sensibles aux feux, ont besoin d’être jardinées.
Jordan : Si on souhaite se saisir de l’outil agricole pour répondre à ce problème, il faut d’abord se demander “pourquoi ?”. On doit d’abord analyser les endroits d’un point de vue de l’autoprotection et d’un point de vue de la dynamique du feu à cet endroit. On sait que dans les vallons, l’effet du vent rend les feux plus redoutables avec une convection thermique qui accélère sa propagation. Actuellement les bouts de vallons sont très dangereux car ils présentent une grande masse combustible qui génère des corps incandescents volatiles qui vont se nicher dans des gouttières, cheminées et autres recoins des habitations à proximité directe et moyenne.
Pour ce vallon, on pourrait envisager de pratiquer la “correction torrentielle”. Avec des murs en pierre sèche, pour ralentir et faire un effet de filtre afin que le fil d’eau soit moins érosif et creuse moins les vallons.
Protéger sa maison avec le débroussaillage, et par le choix des matériaux
Agnès de la colline : À la suite d’un incendie, la problématique du débroussaillage est centrale et se pose comme un défi pour les habitant·e·s. Surtout en pente, avec des chênes kermès, des cailloux… Il faut une lame solide, du temps et de la force ! Il faut le faire, même si c’est pas chez toi souvent car les propriétaires de foncier dans les collines ne sont pas forcément là. J’ai arraché la plupart des gaulis pour éviter la présence d’un trop grand nombre de pins, et j’ai taillé les branches des arbres à une hauteur de 3 mètres pour qu’il n’y en ait pas proche du sol.
En ce qui concerne ma maison, les discussions de l’école du feu m’ont appris qu’il était préférable de conserver des volets en bois. Sur ma terrasse, une poutre de l’auvent a commencé à brûler. À l’origine, ces poutres avaient été posées après la charpente principale et, visiblement, elles n’avaient pas reçu le même traitement. J’avais remarqué qu’elles étaient attaquées, rongées et percées par de petites bêtes. Ces galeries d’air ont sans doute rendu la structure plus vulnérable au feu.
Également, des trous de vides-sanitaires en dessous des maisons peuvent faire un appel d’air et le feu à tendance à s’y engouffrer (marche aussi pour les VMC). On constate aussi que les cuves d’eau ont brûlé car elles sont en polypropylène : tout ce qui est en plastique brûle.
Marie blanche [observant la colline d’en face] : Les habitations construites à flanc de colline répondent d’abord à des logiques financières portées par les lotisseurs. Par ailleurs, jusqu’à récemment, les aides destinées à l’isolation phonique liée aux nuisances de l’aéroport finançaient surtout des menuiseries en PVC. Résultat : beaucoup de maisons en sont aujourd’hui équipées, un matériau qui les rend plus vulnérables en cas d’incendie.
Francis : Les plastiques PVC qui brûlent dégagent du chlore, comme dans les gaz moutarde. Ils sont donc très dangereux pour la santé car cancérigène voire mortels en grande quantité. Ces composés vont aussi se retrouver dans les cendres et donc dans les fruits qui poussent à la suite des incendies (et qui trouvent leur nutriments dans les cendres), dans la nourriture des poules, donc dans les poules, puis les œufs.
Quelles collaborations avec les pouvoir publics pour l’accès des pompiers ?
En haut du terrain d’Agnès, nous nous rendons sur une plateforme dédiée à la manoeuvre des camions de pompiers pour qu’ils puissent monter sur la colline. Cet aménagement est né d’une initiative privée pour protéger les habitant·e·s du Marinier.
Agnès : Selon nos discussion de l’école du feu, 250m² minimum sont nécessaires à ce type d’infrastructures. En mars 2025, 4 gros camions étaient montés en exercice. Comme le chemin d’accès se détériore de plus en plus avec les passages, on aimerait ouvrir des pistes de collaboration avec les pouvoirs publics…
Marie Blanche : Dès 2001, une action portée par le conseil départemental a mobilisé les forestiers de la sécurité civile et les sapeurs-pompiers pour installer des hydrants et des citernes d’eau. Cela a donné lieu à un important travail de repérage et de négociation pour déterminer leur implantation, notamment avec Lafarge, puisque l’une des citernes se situe sur leur terrain. Pourtant, lors de l’incendie de 2025, ni les bornes ni les citernes n’ont été utilisées.
Le CIQ a également porté la fermeture à la circulation de la route traversant le massif de la Nerthe par la Galline, pour éviter que des promeneur·euse·s ne se retrouvent piégés par les flammes. Mais cette mesure a suscité une forte opposition locale et n’a finalement pas été mise en œuvre. Lors d’une réunion du Conservatoire du littoral, il a aussi été demandé de lancer une campagne d’affichage réglementaire sur le massif de la Nerthe.
Reste la question de l’efficacité réelle de ces actions. Les OLD protègent à l’échelle individuelle, et beaucoup d’habitants ont suivi les consignes, mais cela dépend encore largement de décisions personnelles. De plus, pendant l’incendie, certaines maisons ont été touchées sans raison clairement identifiable, y compris là où il n’y avait pas de végétation proche. La suite du travail, avec le nouveau décret, consistera donc à reprendre l’effort d’explication et de diffusion autour des OLD, avec de nouvelles fiches pratiques intégrant les obligations actualisées.
Jordan [ en réponse à une habitan·e qui demande pourquoi les camions ne sont pas allés jusqu’au bout du vallon lors de l’incendie ] : Il y a les moyens matériels dont les pompiers disposent, et parfois leurs gros camions ont du mal à aller jusqu’au fond du marinier. S’ils n’ont pas les moyens de s’engager en sécurité, ils n’y vont pas. Ça nous renvoie à la question de l’intervention d’auto-protection en amont du feu, alors que les massifs forestiers relèvent totalement de la sécurité civile.
La DFCI (défense forêt contre l’incendie) a pour objectif de protéger les massifs forestiers contre les incendies. C’est une logistique de pompier qui permet un maillage territorial. La DFCI a été créée après les incendies de 1949 dans les Landes. On a essayé de l’e transférer l’appliquer dans le sud, mais la topographie du territoire ne correspondait pas aux mêmes dessins de routes. On a un nouveau nouveau réseau d’ouvrages qui articulent le réseau de pistes DFCI : aires de retournement, citernes… Il y a un intérêt de maintenir un raisonnement d’une continuité d’accès entre les ouvrages DFCI et le tissu urbain qui actuellement est composé partiellement selon des logiques de lotisseurs.
Dans le Var, voire même partout en PACA, on retrouve des problématiques d’instructions de droit du sol car il faut maintenir un accès via la voirie urbaine et ça arrive que ça rentre en confrontation avec certaines nouvelles constructions par manque de culture de ce sujet dans les législations de construction.
Nous nous redons chez Agnès J. et nous poursuivons la discussion sur les coopérations avec les pompiers autour d’un goûter.
Agnès bleue : J’ai une petite histoire à Martigues. Nous avions un statut inventé de “relais pompier” pour travailler ensemble sur la lutte contre l’incendie. On avait en permanence un camion stationné, des lances à incendies à utiliser en cas d’incendie. Cette organisation était utile pour montrer aux pompiers notre volonté de lutter contre l’incendie ensemble.
S’organiser

Pour conclure cette journée, on ouvre des pistes pour imaginer comment s’organiser et se structurer entre habitant·es. Des idées sans réponses absolues, qui seront peut-être expérimentées dans nos prochaines rencontres.
– Créer des chantiers participatifs de débroussaillement. En tenant compte des cycles de la flore, de la faune, notamment des oiseaux, et inscrire ces actions dans le paysage plutôt que de les traiter uniquement comme des obligations techniques.
– Se structurer juridiquement. Il y a la possibilité de s’associer en Association Syndicale Libre (ASL) pour avoir une reconnaissance juridique au yeux du pouvoir public et passer au-delà de la somme des individualités. Exemple avec l’association ULPI dans le Gard. Depuis les 90s’, les habitant·es organisent des chantier participatifs appuyés financièrement par les pouvoirs publics de débroussaillement et ça devient un temps festif.
Une ASL peut évoluer sur une Associations Syndicales Autorisées (ASA) pour fusionner parfois avec le foncier public dans la gestion du paysage. Il pourrait donc y avoir des financements publics fléchés sur ce type de structures. Dans cette montée en compétence, ce qui importe pour les pouvoirs publics, c’est la pérennité de ce qui est mis en place.
Par exemple : Les pompiers ont eu accès aux piscines comme ressource en eau MAIS des propriétaires ont porté plainte pour dégradation sur leur piscine lors de certains incendies. Ça pose la controverse sur l’utilisation des piscines comme ressources. En réponse à ça, il peut y avoir des adaptations techniques individuelles, d’embranchement de réseau d’eau à des piscines individuelles pour éviter de toucher directement à la piscine. On sait aussi que le département finance les récupérateurs d’eau de pluie et les motopompes à hauteur de 2000€ environ. Cela peut jouer sur la question des gestes de protection à l’échelle individuelle.
– Imaginer plus tard un jardinage territorial. Exemple avec un plan de gestion mené en Corse par Jordan , dans un paysage de forte pente. Ce paysage avait pour particularité d’être un paysage de haute montagne, donc il y a aussi des allumages d’incendies par la foudre. Chaque hameau s’organisai autour d’un talweg, autour desquels les habitant·e·s ont aménagé des jardins. Ils ont le rôle de petits barrages et recueillent les sédiments. Ils ont donc préservé cette colonne vertébrale et composé une mosaïque paysagère entre pastoralisme, jardins nourriciers, qui créaient une ceinture d’autoprotection autour des habitations en cas d’incendie. Certains éléments nécessaires à la limitation du feu ont été sanctuarisés.
