Bouclette à Sainte-Marthe

Le portail, la Mauve et la biodiversité

C’est face à un portail que la balade d’aujourd’hui commence. Pas n’importe quel portail, celui de la ferme de la Tour des Pins, là juste à côté du boulevard. On commence à deviner la complexité de cet espace. Le bus nous dépose dans un contexte très urbain, immeubles et routes, béton, panneaux, travaux, et puis quelques pas plus loin, se dessinent les traverses – il y a là la traverse Cade, en cours de réaménagement, pour la circulation ici dans le quartier, la traverse de la Croix qui est un chemin de broussailles et d’Acanthes – par endroits les Figuiers débordent au dessus des vieux murs de pierre.

On s’arrête ici quelques instants, ça ressemble à un bon endroit pour commencer à parler de la biodiversité dans la ville. De part et d’autre du portail ça pousse, des deux côtés on a la Mauve que l’on retrouve presque partout ici à Marseille, avec son air bravache de plante qui aime s’installer dans les talus, les pieds d’arbres, les vagues parkings ; elle voudrait que ce soit partout un peu la campagne. Mais nous, on ne l’accepte pas forcément… alors on va essayer aujourd’hui d’observer et de comprendre la présence de la nature autour de nous.

Pour commencer, la biodiversité, qu’est-ce que c’est au juste ? On peut dire, c’est l’ensemble du vivant, donc les plantes, les animaux, tous les insectes ; ce qu’on aime, les beaux grands arbres et les fleurs, mais aussi ce qui nous plait moins, ceux et celles que l’on dit invasifs, nuisibles : mauvaises herbes, pucerons ou limaces… C’est ce qu’on voit, ce qui nous est invisible. Mais encore, la biodiversité, c’est aussi l’habitat : la terre, les types de sols, l’eau, le vent, le soleil, et puis, l’ensemble des interactions que les espèces ont entre elles et avec cet habitat… Autour de nous, elles ont besoin de vivre, se nourrir, se reproduire et pour cela de se déplacer. La biodiversité, c’est une grande chose.

Alors, avec notre portail ici à Sainte-Marthe, où en est-on de tout cela ?

On se rend compte, d’abord, qu’il y a en ville une grande fragmentation des espaces : ici une autoroute, ici une résidence, là une ferme, un parking, un jardin composé, une friche. L’espace urbain est séparé en poches, qui ont des caractéristiques et usages très différents, et entre lesquelles passent routes, murs et trottoirs. Ce passage, justement, c’est une question très importante qui va nous revenir à l’esprit plusieurs fois aujourd’hui, guider notre cheminement à la recherche de celui des plantes. Il y a la fragmentation et le passage…

Devant le portail, un premier passage : on parle du vent et de la pollinisation, celle du Pin par exemple, dont les graines s’envolent pour voyager et prendre vie ailleurs. Ici nous leur avons laissé la place, entre les grilles, par-dessus le mur ou dans les replis de ses pierres, on les laisse circuler et on les accueille. Mais ce que l’on voit aussi, c’est une nature comme enserrée, elle est dedans derrière la grille, et autour il y a le reste, la ville, nos activités à nous. On a mis une route, des murs, on aménage, et ce sont des gestes qui ont un impact sur la biodiversité. Parfois une menace, on ne laisse plus traverser. Au bord de la route un effort, on a créé une continuité entre elle et le terre-plein planté de nombreuses espèces, avec un paillage naturel… Ce que l’on voudrait faire, c’est favoriser, intégrer, et pour cela, observer encore un peu…

La ferme, la prairie et la ville

Nous voilà entrés dans la ferme et on chemine. C’est le domaine bastidaire, le terradou, où l’on habitait et où l’on cultivait. Aujourd’hui, ça change… mais ces années d’activité ont produit un sol d’une grande richesse, et il en reste une partie préservée. Sur ce territoire, une mosaïque de paysages : culture et pâture, prairie refuge des insectes, sous-bois, ou encore habitat. On découvre leur complémentarité.

On commence aux abords de la ferme, c’est un espace aménagé (avec les moyens du bord !), que l’on parcourt sur un chemin entre les enclos, où l’on croise les chèvres, les brebis, les vaches. Parce qu’ici est demeuré une exploitation agricole, on fait du fromage. Ça ne fonctionne pas tout à fait comme autrefois, on habite moins, cela tient plutôt lieu d’un geste de résistance, et aussi d’apprentissage. La société a changé et l’agriculture s’est éloignée de la ville, ou agrandie, industrialisée. Alors ici, malgré l’extension urbaine, on expérimente, on se demande s’il est possible de maintenir ou même de faire revenir une agriculture de proximité, là presque au cœur de la ville. La ferme de la Tour des Pins est aussi un lieu pédagogique, d’éducation à l’environnent par des animateurs.

Nous avons un premier milieu, qui est la partie cultivée. Ici le végétal rend service, remplit un rôle pour les hommes, les animaux mangent les herbes et les fleurs, et on fait le fromage.

On poursuit notre marche et on se dirige sous les arbres là-bas un peu plus loin. Le paysage change, tout est plus touffu et les herbes hautes et sauvages, un petit ruisseau passe par là, nous pataugeons juste un peu et sommes heureux d’être là, on ramasse une plume avec un liseré bleu, c’est une plume de pie. Ici c’est une autre gestion, ce n’est pas cultivé et la nature est laissée à elle-même. Les herbes hautes sont un refuge pour les insectes, qui viennent y pondre et se nourrir, les arbres mêlés pour les oiseaux. On apprend qu’ainsi, en n’intervenant pas, on laisse aux végétaux le temps d’accomplir un cycle entier, ils grandissent, font des fleurs et des fruits, qui servent de nourriture aux insectes et oiseaux (les bonnes prunes), avant de tomber à terre et de venir fertiliser le sol. Lorsque le végétal meurt, il poursuit son rôle pour la biodiversité, ce sont les cycles naturels. On observe donc, à cet endroit, beaucoup plus de la vie grouillante de la nature que ce n’était le cas un peu plus tôt, où le végétal était l’aliment des mammifères de la ferme. On observe aussi une plus grande diversité des plantes elles-mêmes. C’est un fouillis heureux, derrière l’ ‟abandon”, la vie…

La tèse, l’ombre et le jardinier

Dans notre mosaïque, il y a également un autre lieu : c’est la tèse, ce petit chemin entre les arbres, aux allures de sous-bois frais et humide, ombragé, avec sa glissée d’eau, cascade aménagée aux airs sauvages. La température est descendue et on sent l’humus, c’est un autre type d’espace de la biodiversité.

Mais ici, l’homme est intervenu, avec son bon sens et sa connaissance, c’est le jardinier, qui sait ménager des espaces nécessaires de fraicheur dans une région au climat parfois trop chaud et sec : il sait utiliser les végétaux et apporter l’eau, pour créer un micro-climat agréable à l’homme mais pas seulement, les insectes eux aussi viennent se mettre au frais ici, c’est un des micro-habitats que nous observons aujourd’hui !

Cela nous permet d’introduire la question du réchauffement climatique, de la nécessité de penser autrement les espaces que nous aménageons. Dans la balade, nous passons aussi sous un grand soleil qui brûle les herbes, et plus tard, sur la route d’asphalte, où les températures grimpent très rapidement et rendent le lieu moins hospitalier, aux hommes comme aux plantes et aux insectes. Apprendre à jardiner l’ombre…

La bastide, le Platane et le jardin d’acclimatation

Plus loin, nous arrivons aux abords de la bastide. Si elle n’est plus vraiment un lieu d’habitat agricole comme elle a pu l’être autrefois. Nous trouvons ici l’occasion d’une discussion qui commence avec le souvenir d’un platane… Ceux qui donnaient un peu d’ombre à ce terrain ne sont plus, semble-t-il en raison du chancre coloré qui les a emportés, comme de nombreux arbres de cette espèce… Cette maladie des platanes, apportée avec les caisses de munition des États-Unis lors de la Deuxième Guerre mondiale, nous a donné une leçon : celle du besoin d’acclimatation des plantes. 

Les platanes américains s’étaient de l’autre côté de l’Atlantique habitués au chancre coloré et n’en souffraient plus, mais cela a été fatal aux nôtres qui ne le connaissaient pas… C’est un phénomène que l’on retrouve en d’autres endroits aujourd’hui, et où notre manière de jardiner et d’aménager reproduit des erreurs dont nous connaissons pourtant les finalités. Les plantes des jardineries par exemple sont souvent importées, et plantées dans nos jardins sans un temps nécessaire d’acclimatation ; elles y développent des maladies. Une des manières qu’ont les plantes de se protéger sont les tanins, une amertume des feuilles qui les défend contre certains insectes. On se rend ainsi compte du sens du jardin d’acclimatation, et du besoin que nous avons de mieux gérer la temporalité des implantations des espèces.

Cette histoire de temps et d’adaptation, c’est aussi celle du soleil et des conditions difficiles. Le Chêne vert, qui résiste à la forte chaleur, grimpe plus haut dans la colline, et il offre un couvert végétal même avec très peu d’eau ; le tilleul aux larges feuilles qui transpirent, offre une ombre fraîche, très bonne pour nous et les insectes, et lui aussi sait s’adapter : s’il n’y a pas assez d’eau, les feuilles deviennent plus petites et se couvrent de poils blancs qui retiennent l’humidité. Face à la rapidité du changement climatique, qui est aujourd’hui une menace, le temps qu’ont pris les plantes à s’adapter à un milieu difficile est un atout pour nous et pour la biodiversité, et nous devons y porter attention.

Le Cyprès, le bassin et la connaissance

Non loin de là, le Cyprès chauve, qui a lui aussi une histoire à nous transmettre. Pour sa part il est plutôt adapté aux milieux très humides, on le trouve par exemple dans les bayous de Louisiane, étrange donc de le rencontrer ici… mais pas tout à fait ! Sa manière à lui de faire avec son milieu (les pieds dans l’eau), est d’avoir développé des pneumatophores, racines qui ressortent de terre pour permettre à l’arbre de respirer même dans un terrain inondé. 

Pourquoi il se sent bien ici… ? En bas de la pente, il bénéficie des fuites du bassin de rétention des eaux du Verdon situé un peu plus haut ! Ces petits dysfonctionnements sont en fait une bénédiction pour la flore qui s’en trouve irriguée. Donc les réparer oui, mais pas trop, puisqu’aussi la présence de ce Cyprès, dont les feuilles tombent et ainsi nourrissent le sol, est un atout. 

Ce cyprès fut un jour installé là par un jardinier malin et plein de savoir, et ce mélange d’action humaine et de laisser faire, de maitrise et de naturel, donne plutôt de bons résultats.

Se dessine alors l’importance de la connaissance que nous avons de la nature, des espèces avec qui nous vivons, de leur fonctionnement. Cette question de nos manques de connaissances reviendra régulièrement dans les conversations d’aujourd’hui, chacun reconnaissant que pour prendre soin de la nature, mieux nous inscrire dans ses cycles et éviter les erreurs (comme celle de couper les pneumatophores !), il est bon d’apprendre.

Le chercheur, l’apprenti et le désherbage

Cheminant, nous arrivons au Parc Urbain des Papillons, autre exemple de gestion de la nature en ville et autre pièce de la mosaïque. Ici, l’ambiance est à la friche douce… Il s’agit d’un lieu de recherche observé par le LPED, dans le cadre d’études sur la nature en ville, et mis en travail par les élèves du lycée agricole des calanques, futurs jardiniers de nos villes. On travaille ici sur les réservoirs biologiques, et on apprend à jardiner autrement.

L’un des constats de ces études est que plus on va vers le cœur de la ville, moins les espèces présentes sont différentes : on y trouve des plantes généralistes, pas forcément méditerranéennes, et la diversité est bien moindre que là où la nature se régule elle-même. Cette sélection sur les espèces végétales impacte la présence des insectes : là aussi leur diversité diminue. Aussi on Parc Urbain des Papillons, on travaille à améliorer cette diversité, dont le papillon est un bon indice. Il s’agit de comprendre quelle plante permet à une espèce de venir s’installer (habiter, se nourrir et nourrir sa chenille). 

Dans un souci esthétique, certaines espèces sont dénigrées dans les jardins, publics ou privés, au profit d’autres qui n’attirent pas forcément les espèces méditerranéennes ; choix des espèces par goût, et désherbage de ce qui dépasse et ne plait pas… Ici en revanche il s’agit de comprendre quels gestes favorisent la biodiversité. Le désherbage est tout un art et un apprentissage, il se fait à la main, la machine ayant tendance à labourer les sols et tuer la vie. Mais pour bien désherber il est nécessaire de savoir reconnaitre les plantes et leur utilité à chacune… la connaissance encore.

Le parc est composé de parcelles : certaines sont des espaces réserves auxquels on ne touche pas, où on laisse le naturel évoluer. Ainsi, le liseron a disparu et des pruniers ont grandi. D’autres parcelles sont plantées, même s’il y a une intervention très légère : le Baguenaudier a été planté, qui attire une sorte spécifique de papillon, le Fenouil (qui attire le Machaon du fenouil), la Lavande, l’Immortelle, l’Arbousier (qui attire le Pacha à deux queues)… Ainsi les espèces de papillons présentes sont déjà passées de 24 à 36 !

Le talus, l’abandon et le potager

À propos de plantes sauvages… Nous prenons le temps de nous arrêter sur un talus. On retrouve ici dans toute leur vigueur ces fameuses indésirables, herbes folles méconnues, coriaces, qui s’installent où ne voudrait pas. Elles profitent d’un terrain en attente d’aménagement, d’un coin de friche, et y profilèrent. On trouve que cela fait abandonné, pas entretenu, et on voudrait désherber… Non ! Derrière cette impression d’abandon encore une fois, c’est la grande vie, et cela regorge d’astuces pour la biodiversité (chenilles et papillons, les guêpes y virevoltent, trouvent ici la cellulose des feuilles pour faire leur nid), pour nos papilles, et même pour le changement climatique.

On continue d’apprendre que toutes nos plantes cultivées ont des ancêtres sauvages présents ici que l’on peut aujourd’hui encore déguster. Alors petite cueillette et dégustation, cours en plein air de cuisine sauvage. On croise et on explique : la Calament nepeta (qui se ramasse sur le chemin et qu’on goûtera en tisane), la Chicorée, la Mauve où tout se mange du fruit aux feuilles, la Roquette sauvage du trottoir, piquante et amère, le Rumex ancêtre de l’épinard, Beta maritima d’où vient la betterave (par sélection des tiges les plus rouges) et les bettes (ses feuilles), le Chardon ancêtre de l’artichaut, le bon Fenouil sauvage… Comme un savoir oublié avec lequel nous sommes très heureux de renouer, il aura suffit de quelques explications et déjà germent les idées de potager sauvage.

Ce qu’on apprend aussi, c’est que ces espèces délicieuses ont pris l’habitude de s’installer dans des espaces difficiles, sur une terre sèche en plein soleil, en pente… et que si elles sont dites envahissantes, elles sont aussi très résistantes, et peuvent nous être utiles à adapter notre environnement au changement climatique, favoriser la vie des insectes et des sols dans des conditions moins favorables, et finalement penser autrement la nature en ville.

Le Buis, la pouzzolane et la diversité

Presque au terme de notre balade, on se dirige vers le quartier Mirabilis, là haut où on commence à voir la colline. Urbanisé récemment, l’endroit fait encore bien propre et neuf, avec son jardin très contemporain : espèces choisies plus ou moins exotiques et en un nombre assez réduit, bien délimitées les unes des autres, et un sol recouvert de pouzzolane (roche volcanique utilisée en paillage dans les massifs d’arbustes pour éviter la pousse des herbes indésirables, qui de plus renvoie la chaleur et fait grimper la température !). Au milieu passe un chemin bien net, puis la route d’asphalte. En somme, une sorte de contre-exemple de ce que nous avons rencontré un peu plus tôt ?

Un petit inventaire, on trouve notamment ici  beaucoup de Buis déjà attaqué par la fameuse pyrale qui en dévore les feuilles et provoque de gros dégâts,  la Sauge d’Afghanistan ou la Verveine de Buenos aires. Beaucoup de plantes que l’on ne croise pas dans ce cadre méditerranéen normalement. On voit ici la maitrise humaine, et des espèces choisies par goût et esthétique, un arrangement qui facilite un entretien rapide. Mais dans cette volonté de maîtrise, on décèle aussi précipitation et erreur, avec des plantations qui ne tiendront pas et déjà se dégradent, par défaut de connaissance. C’est le cas de ce pauvre buis, et plus tôt dans la balade peut-être de ces jeunes arbres plantés trop proches les uns des autres.

C’est aussi le calme du côté des insectes, et on observe seulement une sorte d’abeilles, car une seule fleur est présente (la petite fleur bleue de la Verveine). Il n’y a pas de possibilité pour d’autres espèces d’insectes de se trouver bien ici, par exemple l’abeille sauvage du Genet de la colline, qui ne trouve pas ici son alimentation. Alors avec les leçons que nous donnent les plantes sur leurs cycles, leurs modes de reproduction, on se dit que l’on pourrait faire autrement… mêler le planté et le non planté, ce qu’on aime et les plantes spontanées à qui laisser une place.

Le trottoir, le Coquelicot et nous

Retour à la Mauve, ou au Coquelicot ou à toutes les autres, mais pourquoi pas le Coquelicot, assez emblématique puisqu’il transporte sa beauté fragile au bord des routes, le long des murs, dans les failles des trottoirs, pour notre grand plaisir. Ces fameux trottoirs qui se fendillent, se fissurent, entre lesquels ressurgissent les herbes qu’on avait privées d’habitat, et de passage. 

On se raconte des histoires de voyage… de papillons qui traversent la Méditerranée ou d’habitants qui traversent la rue, de Coquelicots qui voyagent, eux aussi, dans la ville. Car c’est ainsi que se déplacent les plantes, en suivant tout simplement les mêmes itinéraires que les nôtres. Parmi nous circulent les graines prises dans le vent, qui se frayent un chemin dans les espaces disponibles, grandissent, et au fil des générations repartent dans le vent s’installer ailleurs.

Nous nous rendons compte aujourd’hui que nous partageons cet espace commun de la ville, et comprenons la nécessité de changer notre regard et nos pratiques.

Dans notre trottoir on trouve Lactuca perennis, une laitue, le Laiteron maraicher, longtemps vendu sur les marchés, on en faisait des salades, ou encore Dittrichia viscosa (l’Inule visqueuse), qui a l’avantage de fleurir après les autres et de nourrir les papillons… Aux pieds des arbres, les plantes sauvages les aident à rester au frais, et les insectes trouvent là du nectar pour polliniser l’arbre qui pourra continuer à faire ses graines. 

Ce qui ressemble à un manque d’entretien remplit un rôle dans la biodiversité, à nous aussi de changer de regard, comme le propose audacieusement une participante tout en avouant son aversion pour les herbes folles qui poussent dans sa traverse… A nous de jouer! 

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Récit de Carole Lazarus à partir d’une bouclette guidée par SAFI à Sainte-Marthe le 15 juin 2019

Cette promenade s’inscrit dans un programme de 5 ans du projet Nature 4 City Life (2017-2022) qui veut favoriser une meilleure intégration de la nature dans le projet urbain dans un contexte de changement climatique. En partenariat avec Yes We Camp dans le cadre du projet Foresta, parc métropolitain.

Balade du Capri Sun – Opération Plastic Valley

Je marche le long du ruisseau Caravelle-Aygalades, sur le bord du fossé, je pousse du pied un sachet argenté, brillant comme un diamant. Je le retourne, il me sourit. C’est un sachet de CAPRI SUN tropical cruch, la boisson à la mode, déchet omniprésent de ma rivière préférée. 

Cette marche de Septèmes-Les-Vallons à Marseille invite à découvrir le ruisseau des Aygalades dans le contexte particulier d’une journée de ramassage citoyen des déchets du ruisseau (Calanques propres coordonnée par l’association Mer-Terre).

Plusieurs points de ramassage le long du fleuve côtier ont ainsi été ainsi organisés par diverses associations récemment regroupées en collectif, le collectif des Gammares, pour mener ensemble avec conviction mais aussi avec humour L’Opération Plastic Valley

La balade du Capri Sun relie ainsi les points de collectes de déchets, permet de faire des rencontres et propose de raconter cette action de mobilisation autour du devenir du Ruisseau des Aygalades/Caravelle.

L’action collective

Nous menons cette promenade dans une démarche de dynamique collective.

La situation du ruisseau des Aygalades/Caravelle, très dégradé dans son fonctionnement écologique mais aussi dans les représentations que l’on s’en fait (il est souvent perçu comme inexistant, comme un égout ou au mieux comme un cours d’eau sans véritable fonction) nécessite à la fois de retrouver de la connaissance (pour comprendre ce qu’il est) et de l’imaginaire (pour se motiver à agir).

Nous avons pour cela préparé quelques outils à utiliser ensemble au cours de la balade…

Le « Panini Capri Sun Valley » est un album d’images à coller tout au long de la balade, et qui nous raconte la rivière tout en nous invitant à collectionner des pochettes de Capri sun.

Chaque point de rendez-vous permet ainsi de découvrir un aspect des histoires du ruisseau et de ramasser les Capri suns, grâce à des pinces en canne de Provence fabriquées pour l’occasion.

A la source

A partir du Vallon du Maire on peut choisir de regarder au loin les montagnes où se forme la source ou de s’intéresser à l’eau qui est à nos pieds.

Le Ruisseau Caravelle/Aygalades trouve ses sources dans le Massif de l’Etoile, à la lisère entre Septèmes et Bouc Bel air. Lafarge y exploite une carrière et une cimenterie. Au fil du temps, la carrière a excavé la roche formant peu à peu deux lacs constitués des multiples sources du vallon. Ces lacs sont plus bas que le niveau naturel du ruisseau et ont de fait captés l’eau et fortement bouleversé le débit, l’eau n’étant plus versée dans le lit que par pompage, en fonction des niveaux d’eau de ces bassins de rétention à vocation industrielle.

Quant à l’eau qui coule sous nos yeux, elle est également très liée à un usage industriel, celui de la société SPI Pharma qui fabrique des produits pharmaceutiques notamment à base de sels d’aluminium.

Nous rencontrons dans ce vallon un groupe de jeunes ramasseurs accompagnés par le centre social de la Gavotte-Peyret.

Ils nous racontent leur prise de conscience de l’existence du fleuve notamment en découvrant peu à peu le lit du cours d’eau à proximité de leurs espaces de vie (collège, stade…). Un livre sur le ruisseau est également en préparation avec cette jeune équipe, en lien avec la trame turquoise mise en place par la ville dans le cadre de l’agenda 21.

Nourriture/Energie/Médicaments : un tryptique industriel

Nous nous installons sous les frênes, au bord de l’eau pour écouter la lecture d’une histoire qui raconte les liens étonnant entre SPI Pharma et le Capri Sun, à l’origine de deux pollutions majeures du ruisseau.

Un peu plus haut dans le Vallon du Maire, au-dessus du terrain de pétanque, un filet d’eau coule dans un fossé, en fait, une dérivation du Ruisseau des Aygalades. Il s’écoule depuis l’usine SPI Pharma, dont la grille me barre l’accès. J’imagine que Spi Pharma utilise cette eau pour son processus industriel. En me penchant au-dessus du filet d’eau, j’aperçois le fond couvert de neige. Je tends la main vers le fond de l’eau, c’est solide ! On dirait du sel. Un sel qui aurait pétrifié chaque brindille et transformé le fond de l’eau en paysage polaire.

Au milieu de cet étrange paysage une botte de paille, je m’interroge.

La récente étude de l’Institut Méditerranéen de Biodiversité et d’Écologie marine et continentale a révélé et mesuré la présence d’ions d’aluminium et d’arsenic dans la rivière. Les mesures effectuées à la source ont affiché une conductivité entre 400 et 1000 microsiemens/ cm, en aval de l’effluent les mesures sont entre 8 000 et 16 000 microsiemens/cm et sur l’effluent lui-même le capteur a saturé à 40 000 microsiemens/cm.

SPI Pharma a évoqué 1,6 millions euros de dépenses en 3 ans pour la gestion de l’environnement.

Mais alors… La botte de paille ?
Serait-ce une réponse frugale, fragile, de l’entreprise face à son problème de filtration des eaux usées ?

SPI Pharma fabrique des anti- acides, des adjuvants pour les vaccins, des poudres pour comprimés et notamment une poudre d’aluminium hydroxide.

Spi pharma est une branche d’ABF Ingrédients, une holding qui regroupe des industriels qui produisent des adjuvants alimentaires ou industriels :

À travers ses filiales ABF Ingrédients produit des céréales soufflées, des aliments extrudés, des saveurs de synthèses, des émulsifiant, des lubrifiants, des adjuvants pour médicaments et du carburant bio éthanol à partir de sucre.  Le triptyque nourriture, énergie et médicament est en place.

Là réapparaît la petite poche d’aluminium, aperçut plus tôt, dans et aux abords de la rivière,  le CAPRI SUN, brillant comme un diamant dans la rivière.

Cette boisson à base de jus de fruit qu’un chimiste Allemand Rudolf Wild, appelons le Mr «Sauvage», a inventé en 1969. Il est fabriqué sans édulcorants, sans arômes artificiels, sans colorants et sans conservateurs, mais bourré de sucre – 19 gr par poche.

Le succès auprès des enfants lui vaut de vendre en 2014 plus de 6 milliards de poches dans les 119 pays – une par habitant de la planète. La NASA qui adore la pochette argentée fabriquée à base de polyester, d’aluminium et de polyéthylène a collaboré en 2011 avec les ingénieurs et mis au point une poche à envoyer dans l’espace.  En 2014 Wild flavors, fabricant du Capri Sun est racheté par la holding Archer Daniel Midland(ADM) une entreprise qui produit du sucre, des colorants, des saveurs de synthèse des émulsifiants, des levures pour l’alimentation et la médecine mais aussi et du bio carburant à base de sucre.

Ce trio gagnant : médicament, nourriture et pétrole, cela vous dit quelque chose ?

SPI Pharma qui fabrique Gaviscon, ABF Ingredients qui fabrique Capri Sun…

Se pourrait-il que derrière cette drôle d’association, Capri Sun et Gaviscon, on trouve un monde agroalimentaire globalisé qui viendrait, pour rentabiliser ses excédents, échouer ses déchet dans les nos rivières, nous laissant seul prendre en charge le coût de leurs bénéfices ?

Peu après dans le lit du ruisseau, nous rencontrons l’Espace Jeune de Septèmes-Les-Vallons. Une équipe composée notamment de très jeunes habitants se mobilise sur le nettoyage du lit. Un jeune garçon nous explique ce qu’est un bassin versant et pourquoi fleuve et mer dialoguent ensemble. Une fois encore on constate que la présence du ruisseau, longeant la route mais encaissé, est peu perceptible dans les usages urbains habituels. C’est en allant à sa rencontre, ici les pieds dans l’eau, qu’on mesure sa présence, sa fraicheur et qu’on se rend mieux compte de son rôle.

Inventaire

A la lisière de Marseille nous rencontrons le groupe organisé par l’AESE (Action Environnement Septèmes et Environs).

Ils ont ramassé toute la matinée et viennent de finir de catégoriser les déchets amassés. Chaque point de collecte le long du ruisseau utilise les mêmes outils pour comptabiliser les déchets. On distingue ainsi les matériaux (plastique, verre, caoutchouc…), les natures de certains objets identifiables (bouteilles, vêtements, pneus…), on repère les marques des produits, on pèse…

Pour ce point de collecte où les habitants on ramassé environ 3h on trouve donc 150 kg de déchets et un inventaire plutôt poétique…

1 Iphone 7

2 rameurs

1 rasoir électriqure

1 porte vélo

1 grille-pain

1 fer à repasser

1 moteur

1 valise

Des jarres en terre

Du Polystyrène

De très nombreux emballages de mozzarella

Des urnes mortuaires

Des tuyaux d’arrosage

Des pots de peintures

198 canettes de bière Heineken

46 kg déchets divers

12kg de vêtements

9kg de plastiques

16 kg de carton

30 kg de métal

… et des colonies de Capri Sun

Inventer le chemin

Arrivés à Saint Antoine nous retrouvons quelques membres du Comité d’Intérêt de Quartier de Saint Antoine. Ici le ramassage s’arrête car le CIQ nous raconte la relation travaillée de longue date et avec persévérance avec les services de la ville et qui permet d’effectuer régulièrement des nettoyages.

Nous voyons toutefois ici et là des sacs poubelles et des cartons de pizza.

Ce qui nous préoccupe ici c’est de pouvoir marcher le long des berges. Aucun trottoir ne nous permet de suivre le fil de la rivière. La chasse au Capri Sun se transforme en exploration des abords pour finalement inventer un chemin nous permettant de garder la rivière à l’oeil.

Le récit dessiné

A la cascade de la Cité des arts de la rue où plus de 80 personnes de tous âges se sont mobilisés pour le ramassage, on en est aussi à la caractérisation avec 1 tonne de déchets ramassés !

A l’ombre des figuiers qui bordent le ruisseau, les participants de la balade racontent à tous les initiatives rencontrées et les questions abordées au cours de ce grand voyage au fil de l’eau. Stéphane dessine à partir des récits de chacun, révélant peu à peu l’image commune de cette première opération collective à l’échelle du ruisseau pour défendre et prendre soin du fleuve, de sa vallée et de la mer Méditerranée.

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« Capri Sun Valley » par SAFI et Raphaël Joffrin – Samedi 25 mai 2019

 

Une marche pour découvrir le ruisseau, relier les points de collectes, faire des rencontres et raconter l’opération PLASTIC VALLEY.

Opération Plastic Valley est l’une des étapes d’une mobilisation collective autour du devenir du Ruisseau des Aygalades/Caravelle.

Cette promenade s’inscrit dans un programme de 5 ans du projet Nature 4 City Life (2017-2022) qui veut favoriser une meilleure intégration de la nature dans le projet urbain dans un contexte de changement climatique. Cette balade s’inscrit également dans l’opération PLASTIC VALLEY menée par le collectif des Gammares -réunissant des associations et acteurs actifs le long du Ruisseau – et dans le cadre de la journée Calanques propres organisé par l’association MerTerre. En collaboration avec 13 Habitat et Synergie Family.

Conversation marchée #3

Les Conversations marchées invitent des scientifiques, écologues, botanistes, naturalistes… À éclairer notre regard. Elles nous donnent à voir et à comprendre ce qui constitue nos paysages de proximité, les enjeux qui les traversent et en quoi ils participent d’un écosystème.Pour cette troisième conversation marchée, Christine Robles nous raconte l’importance de la banque de graines du sol à Foresta, les interactions sol-plantes et les mécanismes qui influencent le développement et la circulation des végétaux.

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Avec Christine Robles . Mercredi 9 octobre 2019 (9h – 12h)

Cette promenade s’inscrit dans un programme de 5 ans du projet Nature 4 City Life (2017-2022) qui veut favoriser une meilleure intégration de la nature dans le projet urbain dans un contexte de changement climatique. En partenariat avec Yes We Camp dans le cadre du projet Foresta, parc métropolitain.

Récits dessinés

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Françoise Manson, marcheuse et illustratrice au crayon affuté, a suivi plusieurs balades Nature 4 CityLife : elle nous livre une série de leporellos d’après ses marches…

Le projet européen Nature 4 City Life (2017-2022) favorise une meilleure intégration de la nature dans le projet urbain dans un contexte de changement climatique.

Sur le GR2013, des marches mensuelles sont proposées par Nicolas Mémain et le collectif SAFI (en alternance), et dans la métropole toulonnaise, par Paul-Hervé Lavessière, en vue de la construction d’un Sentier Métropolitain du Grand Toulon.

Pendant 5 ans, ces trois guides, vont élaborer à partir de ces deux territoires, une petite université populaire d’écologie métropolitaine – une « mission de service public pour penser, marcher, transmettre ».

L’Eygoutier

Le canal de la Rode, été 2018

En même temps qu’il détourne le Las, Vauban en fait de même avec l’Eygoutier qui formait une sorte de petit delta marécageux au niveau de l’actuel Port Marchand et envoyait ses sédiments dans la petite rade. On l’appelle aussi “rivière des amoureux” ce qui serait en fait une déformation de “rivière des muriers”.

L’Eygoutier fut donc dirigé vers l’autre côté de la pointe de la Tour Royale, côté grande rade, d’abord par un chenal au parcours alambiqué qui correspond à l’actuel boulevard Cunéo, puis via un tunnel rectiligne qui passe sous la butte du Mourillon jusqu’à l’une des digues des plages artificielles, entre l’anse de la Source et l’anse Mistral. Rien n’y signale le débouché de ce petit fleuve côtier, qui ne pourrait pas rejoindre la mer plus discrètement.

Ce que beaucoup appellent le canal de la Rode, cette grande tranchée de béton le long de laquelle on trouve des terrains de tennis et de grands immeubles de bureau et d’appartement, est donc un fleuve.

C’est la peur des inondation, et la volonté d’apporter une réponse pragmatique qui ont construit ce paysage, qui n’est pas sans rappeler la Los Angeles River et la fameuse course poursuite à moto de Terminator 2. Le cours d’eau n’était perçu qu’en tant que nuisance ou danger potentiel, une chose à évacuer le plus vite possible.

Actuellement on assiste à un basculement, un glissement, dans tous les domaines qui relèvent de l’aménagement du territoire. On cherche de plus en plus à “faire avec” les éléments naturels, et notamment les cours d’eau, et plutôt que d’accélérer l’écoulement de l’eau pour vite s’en débarrasser, on va de plus en plus chercher à le ralentir, à absorber sa force, notamment avec des berges douces et des ripisylves. On dit en effet qu’un fleuve a la force qu’on lui oppose. C’est donc toute une génération d’ouvrages comme celui-ci, datant pour la plupart du Xxème siècle, qui ont vocation à évoluer vers d’autres formes, des formes qui vont mettre en scène la possibilité d’un dialogue avec le vivant, avec les éléments, avec la Terre, et qui ne seront plus seulement la démonstration d’une volonté de domestication généralisée du monde.

Si les prévisions d’augmentation de la température moyenne annuelle se confirment pour 2100 (+2 à +7°C à Toulon selon le GREC) c’est bientôt nous, humains, qui allons supplier ce type de petits cours d’eau de bien vouloir nous apporter de la fraicheur et de l’ombre par les arbres qu’ils irriguent en chemin.

Entre deux Provences

Si le Las prend source au sud du vaste plateau karstique du Siou Blanc et descend vers la mer dans une vallée encaissée aux allures de petite montagne, l’Eygoutier, lui, prend source dans un ancien marais aujourd’hui en grande partie couvert de remblais : l’Estagnol. Le long de l’Eygoutier, on rencontre du schiste, du grès et peu de calcaire.

Remonter ces deux petits fleuves rend bien compte de la charnière à laquelle se trouve la métropole Toulonnaise, entre Provence Cristalline et Provence Calcaire. Et cette distinction géologique se lit partout, dans les vieux murs de la métropole : ponts, maisons, églises, restanques, limites de propriétés, dalages… On a parfois des murs qui mélangent le calcaire et le grès voire le schiste. Toulon est plutôt calcaire, Hyères plutôt schisteuse, le Pradet ou la Crau sont en grande partie de grès mais d’un coin à l’autre, toutes se mélange même si la pierre la plus utilisée au XXeme siècle restera le béton armé.

L’autre tunnel

Au niveau de la porte des Oliviers, ce grand rond-point en forme d’os à moelle qui est aussi l’entrée est du tunnel de Toulon, l’Eygoutier, se couvre pour passer sous l’autoroute, dans le noir, et la longer par en dessous, sur un kilomètre, vers l’est. Des adolescents s’y donnent rendez-vous, s’y font peur et y prennent aussi le frais dans l’obscurité.

Certains remontent le fleuve jusqu’au bout et rejoignent la piste cyclable, celle qui a été aménagée sur l’ancien chemin de fer. Ce train suivait plus ou moins la côte jusqu’à Saint-Tropez en longeant sur les premiers kilomètres le petit fleuve de l’Eygoutier.

Le nouveau déversoir du Pont de la Clue (Le fleuve arrive depuis la droite. Sous le pont en haut à gauche de la photo l’Eygoutier part vers Toulon. En bas, le déversoir vers le tunnel d’évacuation), printemps 2019

Renaissance

Aujourd’hui nous sommes notamment accompagnés de Rudy Nicolau, Directeur du Syndicat de Gestion de l’Eygoutier, et Guirec Quefelou, chef du service Gestion des Milieux Aquatiques et des Zones Humides à la Métropole Toulon Provence Méditerranée.

Ils nous expliquent comment l’Eygoutier était jusqu’à récemment généralement moribond, sauf en période de pluie. Le fond de l’eau était souvent boueux, l’eau quasi stagnante. Cela était dû à un ouvrage, plus en amont, au pont de la Clue, un ouvrage qui dans son ancienne configuration, envoyait l’essentiel de l’Eygoutier directement vers la mer via un tunnel d’évacuation (le tunnel de la Clue). En effet, ce n’était que le trop plein, lors des épisodes de forte pluie, qui partait vers le lit du fleuve, direction Toulon.

Depuis 1984, un batardeau automatique était censé envoyer un débit minimum vers le fleuve mais le système était défaillant et ce n’est que depuis le début de cette année 2019, après des mois de travaux, que l’ouvrage fonctionne enfin comme prévu et que le fleuve a retrouvé un débit minimum. Et ça se voit. L’eau est claire, on voit des poissons, notamment les fameux barbeau méridionaux mais aussi des anguilles. Les sédiments sont à nouveau roulés lentement vers l’aval. Le lit de sable et de gravier s’est éclairci.

L’Eygoutier canalisé au plan de la Garde, printemps 2019

Renaturation

En amont du pont de la Clue, l’Eygoutier traverse le Plan de la Garde, ce vaste espace plan avec ses cultures maraîchères, centres équestres, pâturages et serres horticoles. C’est là que le Département travaille depuis 20 à l’ouverture d’un parc nature de 130 hectares, avec jardins familiaux, plans d’eau, observatoires ornithologiques, et une maison de la nature, encore en construction pour le moment.

Il y a des siècles, ce grand marais a été fortement remanié, travaillé, jusqu’à obtenir des terres cultivables parcourues de canaux, un peu comme la plaine du Comtat Venaissin avec les fameuses sorgues. L’Eygoutier dans cette histoire, a été transformé en un grand fossé rectiligne, jusqu’à ce que les aménageurs du parc nature ne décident sa “reméandration” artificielle. On lui a dessiné un parcours en zig zag, pour allonger son cours, l’étirer, tout en le dotant de berges adoucies avec ripisylves. Ce n’est pas vraiment un retour à la situation préalable puisqu’on a pas recréé le marais d’antan, mais une opération humaine visant à atteindre un état écologique et paysager jugé “bon” par le développement plus ou moins spontané d’espèces vivantes (poissons, batraciens, insectes, oiseaux, végétaux). C’est ce qu’on appelle la “renaturation”, un concept ici poussé assez loin puisqu’on a par exemple scalpé la couche supérieure du sol contenant les graines et les bulbes, remodelé le terrain, creusé des bassins et dépollué ce qui devait l’être avant d’épandre à nouveau cette couche de sol sur toute une partie du parc, ce qui a donné plutôt de très bons résultat (explosion de fleurs au printemps 2018 et chaque année depuis).

Le concept n’est pas neuf. Rappelons par exemple que le mont Faron était devenu totalement chauve jusqu’à ce qu’on ne le reboise pendant la seconde partie du XIXeme siècle, en semant des graines de pins dans de grands trous creusés dans la pierre à la pioche. On cherchait ainsi à limiter l’érosion du Faron qui aurait pu contribuer à ensabler la rade (toujours cette même crainte). La renaturation du plan de la Garde, elle, a plutôt une vocation paysagère et pédagogique.

L’ancien marais de l’Estagnol, été 2019

Trouver la source

Plus en amont encore, l’Eygoutier reprend son profil de canal rectiligne, il devient de plus en plus difficile à suivre et on le perd parfois. Il va repasser sous l’autoroute, longer la Zone d’Activité de Gavary où se côtoient notamment un parc d’attraction pour enfants, un important ferrailleur et l’une des églises des frères de Plymouth. Puis c’est enfin l’Estagnol, ce marais, qu’on pourrait décrire comme un col. Un col excessivement plat, entre le bassin versant de l’Eygoutier à l’ouest et celui du Roubaud à l’est. L’Estagnol était donc ce marais, cette éponge qui donnait naissance à deux petits fleuves côtiers symétriques.

Traversé par la voie de chemin de fer de Hyères, bordé au nord par l’autoroute A570 et le canal Jean Natte (XVeme siècle), c’est un espace qu’on a toujours cherché à combler, à assécher, à remblayer. Une partie importante du site sert de dépôt de produit de chantiers (sables, graviers), on y a installé une déchetterie puis plus récemment des terrains de sport. On a même pensé un moment y construire un grand centre logistique Carrefour avec embranchement ferré, avant de renoncer.

Lorsque l’on se promène à pied sur le terrain à l’est du fossé stagnant de l’Eygoutier, on reconnaît différents matériaux dans ce sol aride : restes de potelets en béton, gravier, parpaings, pierres de parement, sable, plâtre. Des projets de renaturation sont également à l’étude, comme au plan de la Garde, mais dans un version sans doute moins accessible au public. Des questions se posent : faut-il remettre le site dans son état initial avant les remblais si tant est que cela soit possible? Que faire avec les espèces protégées qui ont fini par pousser sur les remblais?

Au sud de l’Estagnol, sur le flanc nord de la colline du Paradis, à l’arrière des lotissements du quartier de la Moutonne, on découvre entre les hautes herbes, dans un creux, sous les chênes verts, un petit filet d’eau qui s’écoule d’un tuyau dans un ouvrage modeste en béton formant un petit nymphée. C’est cette petite source, qui tourne le dos à la mer, que l’on considère donc comme l’origine de l’Eygoutier.

La source de l’Eygoutier à la Moutonne, été 2019

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Ce récit de Paul-Hervé Lavessière est tiré de promenades que s’inscrivent dans le programme de 5 ans du projet européen Nature 4 City Life (2017-2022) qui favorise une meilleure intégration de la nature dans le projet urbain dans un contexte de changement climatique.

Conversation marchée #2

Portrait de Patrick Bayle
Portrait de Patrick Bayle

Le vent s’est levé ce matin sur Foresta et Patrick Bayle est notre invité. Naturaliste de formation, il a participé à la rédaction de fiches d’observation pour l’Atlas des oiseaux à Marseille, a travaillé au Musée d’Histoire Naturelle de Marseille et à la ville où il est aujourd’hui en charge de la biodiversité. Il nous prévient, pour l’observation des oiseaux le vent, l’horaire tardif, il est 9 h 30, et le groupe ne sont pas des conditions favorables. Mieux vaut se déplacer au petit matin ou au coucher du soleil, en solitaire ou en petit nombre. Nous partons donc simplement en quêtes des écosystèmes qui pourraient abriter des oiseaux et des traces qui nous indiquerait leurs présences.   Le Grèbe castagneux, la façade maritime et le bassin de rétentionComme les autres oiseaux migrateurs, le Grèbe castagneux aborde Marseille par la façade maritime. Après une traversée transméditerranéenne, il arrive sur les côtes épuisé et découvre à Foresta une halte rare, avec des habitats, de la nourriture et peu de prédateurs (moins que dans les iles.) Foresta est structuré autour de deux bassins de rétention d’eau. Malgré leur caractère artificiel ces bassins, dont la qualité première est de ne pas avoir été bétonné, ont évolué en roselière. Ce sont des zones humides, assez uniques à Marseille, qui attirent des espèces aquatiques pour s’y reproduire ou pour une halte migratoire. En 2014, Le Grèbe a été aperçu en période de reproduction dans ces bassins.

  Ces bassins sont gérés comme des ouvrages techniques, aujourd’hui nous constatons que le bassin est vidangé, sans doute par souci de maintenance, par méconnaissance de sa valeur écologique et paysagère ou pour lutter contre le moustique tigre. Mais maintenu en eau et géré comme un écosystème vivants le bassin n’offrirait pas d’habitat propice au Moustique tigre, qui préfère largement les coupelles d’eau stagnante oubliées au fond du jardin… Une meilleure gestion offrirait aux oiseaux un point d’eau douce et un refuge rare sur les côtes littorales. Il nous semble donc important d’élargir la conversation, et pourquoi pas d’aller à la rencontre des gestionnaires ?   Le Geai, le Pigeon, la Grive et la barre rocheuseJuste sous la petite barre rocheuse en dessous du lycée professionnel de la Viste, quelques chênes pubescents forment une chênaie, relique de l’ancien domaine de Foresta. 

La forêt de chênes pubescents

Ces arbres hébergent le Geai des chênes, un beau corbeau bleu qui se régale de glands qu’il amasse, cache et oubli, jardinant ainsi les forets de demain. En chemin, nous trouvons également des os de pigeons parfaitement nettoyés, Patrick Bayle nomme et situe chacun d’entre eux : un bassin, des os de pattes, d’aile, un os d’épaule et un autre situé au niveau du sternum, qui n’existe que chez les oiseaux.

Les os du pigeon près de la barre rocheuse

En grimpant un peu dans la forêt, dans la barre rocheuse, se cache une grotte, à l’intérieur, plusieurs variétés de coquilles d’escargot brisées indiquent l’emplacement d’une forge. La forge est utilisée par des oiseaux comme la grive musicienne, entendue ce matin, ils coincent les coquilles entre deux cailloux pour les maintenir et les briser à coup de bec. C’est donc un peu l’atelier de cuisine de la grive…  

Le Serin et le PinDans les milieux ouverts qui composent une grande partie de Foresta, il y a beaucoup de pins isolés. Depuis celui-ci, le chant puissant et virtuose du Serin cini se fait entendre. Le serin chante son territoire, et le marque. Aux mâles, il signifie ainsi sa présence : ne viens pas, je suis chez moi… Aux femelles il signifie tout autant sa présence avec une nuance : rejoins-moi, je suis chez moi…

Un milieu ouvert avec des arbres isolés

Le Goéland et la villeAu début du XXe siècle, un naturaliste britannique s’extasiait au cours d’une « expédition » sur les iles marseillaises de la centaine de couples de goélands qui y nichait. Aujourd’hui, c’est des milliers de couples de Goéland leucophée qui résident à Marseille. Surnommés éboueurs, ils sont des indicateurs de nos modes de vie si producteurs de déchets. Comme quoi la nature bouge, les milieux évoluent, d’autant plus quand ils sont fortement anthropisés, les espèces ne sont pas figées dans leur devenir. Ce qui est abondant peu devenir rare et vice-versa. 

La forêt d’arbustes

Les arbustes et la FauvetteAu début du Vallon nous conduisant vers le Parc Brégante, on retrouve la colline non remblayée et ses sources. La densité d’arbustes très importante offre des caches et des habitats propices à toutes une série d’oiseaux merle, rossignol, mésange… Nous entendons le cri d’alarme de la fauvette mélanocéphale, la seule des cinq fauvettes méditerranéennes à vivre en milieu urbain.Écoutons là, car jamais nous ne la verrons. Elle fait partie de ces oiseaux avec lesquels nous vivons, que nous entendons, mais qui jamais ne se montrent à nos yeux.  A Foresta déjà 76 espèces oiseaux ont été observées.    

Une façade maritime hospitalière

Pour aller plus loin ou transmettre vos observations Atlas des oiseaux nicheurs de Marseille, coordonné par Eric Barthelemy, Delachaux et Niestlé 2015https://www.faune-paca.org/Dessins : Stéphane Brisset (SAFI)Photos : Robert Duband (un habitant participant)

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Conversation marchée à Foresta #2 – Mercredi 13 Mars 2019

Avec Patrick Bayle, naturaliste et responsable du pôle Biodiversité à Marseille.
Les Conversations marchées invitent des scientifiques, écologues, botanistes, naturalistes… à éclairer notre regard. Elles nous donnent à voir et à comprendre ce qui constitue nos paysages de proximité, les enjeux qui les traversent et en quoi ils participent d’un écosystème.
Pour cette deuxième Conversation marchée, Patrick Bayle notre invité nous propose de découvrir les oiseaux qui nichent ou traversent le parc de Foresta. Il nous invite à observer les éléments qui conditionnent la venue de cette avifaune, les facteurs limitant ou favorisant leur développement et à suivre les indices qui nous laissent deviner leur présence sur le terrain.

Cette promenade s’inscrit dans un programme de 5 ans du projet Nature 4 City Life (2017-2022) qui veut favoriser une meilleure intégration de la nature dans le projet urbain dans un contexte de changement climatique. En partenariat avec Yes We Camp dans le cadre du projet Foresta, parc métropolitain.

Trame verte pratiquée

24 mars, trame verte pratiquée #2 Départ

Nous marchons sur une piste végétale à la recherche du pollen. Cette poussière mystérieuse, à peine perceptible et à l’origine de la reproduction d’une grande partie des végétaux. En ce début de printemps elle est incrustée dans l’asphalte, elle nous indique le chemin. Nous allons suivre cette piste en portant notre attention sur ceux qui la pratiquent et la composent…

LE GRAIN DE POLLEN

Comme son nom l’indique il est un véhicule ! “Pollen” vient du grec ancien palúnō « je répands, je diffuse».

Il transporte les cellules végétales mâles jusqu’à l’ovule femelle. Mais c’est un véhicule un peu particulier qui ne sait pas se déplacer par lui-même…

Pour relier les plantes les unes aux autres et leur permettre de se reproduire il doit se laisser aller aux vents de passage, ou faire du stop auprès de certains insectes. Pour le vent c’est plutôt simple, mais pas forcément le plus efficace, il beaucoup de grains lancés pour que certains arrivent à bon port. Pour les insectes, les plantes ont fait un petit pacte avec eux: fécondation contre nourriture. Ils trouvent à manger dans la plante et au passage embarquent le pollen. Mais au-delà de ce pacte autour de la nourriture, les plantes sont quand même obligées de les piéger un peu: couleurs, formes adaptées pour être confondues avec un autre insecte, odeurs… Toute cette inventivité permet d’attirer plus facilement les insectes et d’aider les grains de pollen à voyager!

LA TRAME VERTE

La trame verte est une idée, une démarche humaine et une circulation nécessaire du vivant. Elle est issue du Grenelle de l’Environnement à la fin des années 2000.

Elle est la piste du pollen et de toutes ses interactions avec les insectes et le vent.

Son rôle est de relier ce qui reste d’îlots de nature dans la ville et de permettre à tous les êtres vivants de circuler, s’alimenter, de se reproduire, se reposer… de vivre!

On appelle ces voies qui relient des corridors écologiques. Le pollen est une poussière éclaireuse, elle révèle la trame à tous…

Collectif SAFI – Lecture apis melifèra – Dessin réalisé en marchant par Françoise Manson

L’ABEILLE SAUVAGE

Nous sommes inquiets de la chute massive du nombre d’insectes pollinisateurs (40% sont en déclin). Nous avons raison de l’être mais parfois nous simplifions un peu les questions, par exemple en ne nous intéressant qu’à celui le plus connu!

Dans la famille des abeilles il y a 20 000 espèces d’insectes solitaires ou sociaux.

L’abeille domestique – Apis mellifera- est celle qui s’adapte le mieux à la vie en ruche.  Elle fournit, le miel, la cire, le pollen, la propolis… et participe à la pollinisation des plantes sauvages et de 80 % des plantes cultivées. Elle a développé une technique que ne pratiquent pas les abeilles sauvages: La danse de communication. Une fois que l’une d’entre elles a trouvé un bonne ressource de nourriture elle prévient ainsi ses collègues. En tant qu’abeilles plus solitaires,  les sauvages sont moins productives mais elles pollinisent des sources plus nombreuses et variées. Si leurs cousines apis meliffera sont trop nombreuses elles peuvent indirectement les chasser de leurs territoires. Nous devons veiller à cet équilibre et ne pas percevoir comme un danger leurs habitats qui ne ressemblent pas forcément à une ruche !

LE PARC

Un parc est jardiné quotidiennement pour satisfaire les usages et les représentations souvent visuelles des humains. Mais d’autres espèces vivent là ou s’y rendent tous les jours, pour se protéger et se reposer mais aussi pour se nourrir dans des plantes “attractives”. Une plante est attractive lorsque sa fleur contient du nectar ou du pollen abondant, nutritif ou appétissant. Elle peut ensuite jouer son rôle dans la circulation des insectes. Soit elle attire les insectes de manière massive et permet au passage la pollinisation d’espèces moins attractives, ou au contraire elle capte tous les insectes disponibles et diminue les chances des plantes moins attractives (ce peut être le cas d’une plante nouvellement introduite par exemple).

Du point de vue des insectes pollinisateurs, un parc n’est donc pas attractif que par son abondance de fleurs. La qualité du nectar qu’on y trouvera est déterminant c’est pourquoi il est important de jardiner en plantant des fleurs nectarifères et bien adaptées à l’écosystème en place.

Et pour finir cette expérience physique de la trame verte, nous descendons tout le massif de la Nerthe chaussés de lunettes à “vision insecte” pour suivre les flux qui les guident et mieux en comprendre les enjeux. La vision des insectes est cinématographique, elle est adaptée au mouvement et permet une netteté d’images à 30 km/heure. Les insectes ont un spectre coloré différent du nôtre et perçoivent nettement l’ultraviolet.  Souvent, les fleurs jaunes pures comme le genêt réfléchissent l’ultraviolet.

Elles deviennent alors des signaux dans le paysage, facile à identifier pour l’insecte et aujourd’hui pour l’humain à lunettes que nous sommes !

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Trame verte pratiquée –  Samedi 23 mars 2019
Du massif de la Nerthe au parc métropolitain de Foresta.

 

Une tentative d’exploration pédestre d’un sentier écologique et cohérent qui nous invite à observer les stratégies de dispersion du pollen, des graines, des insectes pollinisateurs et à imaginer ces flux comme des cheminements possibles d’un milieu à l’autre.

 

Cette promenade proposée par SAFI s’inscrit dans un programme de 5 ans du projet Nature 4 City Life (2017-2022) qui veut favoriser une meilleure intégration de la nature dans le projet urbain dans un contexte de changement climatique. En partenariat avec Yes We Camp dans le cadre du projet Foresta, parc métropolitain.