Antoine Yonnet
-07/02/2026
Le Grand Port dans la Mondialisation. Étape 1 : Marseille et ses Docks.
Première des trois étapes du cycle « De Marseille à Fos-sur-Mer, le Grand Port dans la mondialisation », cette balade guidée par Anti a eu lieu samedi 7 février 2026. De la Joliette au Parc Séon, en longeant le port maritime, notre parcours s’est vu quelque peu perturbé par une pluie tombée en trombes. Les quelques personnes perdues en cours de route pourront rattraper leur part manquante grâce à ce récit écrit par Antoine Yonnet. Les autres y apprendront ce qui s’est partagé pendant cette journée dense et épique. Rendez-vous le 7 mars 2026 pour la suite !

“Tout ce qui est proche devient lointain.”
Johannes Von Goethe
“Les mêmes qui leur ont ôté les yeux reprochent au peuple d’être aveugle.”
John Milton
10h place de la Joliette, le ciel est gris mais il ne pleut pas. Nous sommes nombreuses et personne ne veut de mes croissants.
Après une prise de micro très émouvante, où je dis « 1,2 1,2 test, bonjour merci d’être venu. Je te laisse la suite Anti ? », Anti annonce la journée : après les redescentes du ruisseau, les remontées du port. On commence à bien connaître ce bon vieux ruisseau des Aygalades. Le port en revanche, vénérable institution vieille de 26 siècle, reste un inconnu. Caché des regards et des corps par un inextricable réseau de barrières, de contrôles et de routes, il suscite questions, doutes, hypothèses, fantasmes.
La promeneuse adepte du périurbain ne peut que longer les barrières et observer ce qui peut l’être. Mais rien qu’en suivant le trait de côte on sent qu’il se joue dans cette enceinte extraterritoriale quelque chose d’important et de terrible.
Les transformations des infrastructures portuaires affectent tout le territoire qui les jouxte comme le ferait une greffe sur un corps (ou un cancer si on est cynique). Ce port est le lieu où se met en place et continue de se mettre en place un échange écologique et économique inégal tant entre les pays du Nord et du Sud qu’entre la ville de Marseille elle-même.
Au cours de cette balade on va se perdre dans les siècles. Les flux sont ceux des grains stockés dans les silos, des passagers de croisières, des personnes expulsées, des données numériques. C’est une zone peu généreuse en toilettes publiques. Le bonheur des voitures (sauf quand il y a des bouchons), l’enfer des piétons qui n’ont pas le privilège de dépasser les 50km/h.
Généalogie du port
On aurait pu démarrer la balade au Vieux Port, l’ombilic de cette histoire d’expansion portuaire. Le port historique de la calanque du lacydon a mauvaise mine au XIXème siècle. Il est congestionné et digère mal le nombre grandissant de navires que l’économie coloniale lui impose.
Mais pas d’inquiétude, l’État arrive au secours de ce port en pleine indigestion et impose la construction du bassin de la Joliette. Il outrepasse courageusement les collectivités pour imposer une gestion des flux adaptée au métabolisme urbain en voie de globalisation au nom de l’intérêt supérieur de la grande nation unifiée qu’est la France.
Entre 1840 et 1860 c’est le chemin de fer Paris Lyon Marseille (le PLM), le canal de Marseille et les bassins de la Joliette qui voient le jour. Cet ensemble d’infrastructures permet une hausse des usages industriels et témoigne de la manière dont Marseille essaye de se constituer en centralité en organisant les flux (de manière purement quantitative).
Jusqu’ici le port était géré par la chambre de commerce. Créé par une loi de juin 1965 le port autonome de Marseille voit officiellement le jour le 1er avril 1966. Il est financièrement autonome. [Les ports autonomes sont des entreprises publiques. En France, c’est l’État ou une autorité régionale ou locale qui a la responsabilité des installations portuaires. Il est très rare qu’il les gère lui-même, cette fonction est généralement confiée à des organismes indépendants mais très fortement liés à l’autorité publique. Les outillages et les terminaux sont souvent mis en concession auprès d’un opérateur portuaire privé.]
En 2008, le gouvernement de François Fillon a annoncé la transformation des ports autonomes métropolitains en grands ports maritimes. Ce nouveau statut induit la privatisation et l’ouverture à la concurrence des équipements de manutention alors gérés par les ports autonomes. Cette privatisation a été mal perçue par les syndicats et a entraîné des grèves au printemps 2008.
La propriété des grues et portiques sera pour sa part transférée à des entreprises privées. La loi prévoit aussi que grutiers et conducteurs de portiques, antérieurement salariés des ports autonomes, soient employés par les entreprises privées. Les contrats de travail seront transférés aux opérateurs privés. Un conseil de surveillance (incluant des représentants des collectivités territoriales) est prévu, ainsi qu’un directoire, qui remplaceront le conseil d’administration.
Aujourd’hui le Grand Port Maritime de Marseille (GPMM) est davantage un port gestionnaire de foncier que d’outil portuaire. Le port est coupé de la ville avec pour mission de répondre aux stratégies de l’État. Dans le même temps est bâtie la zone industrialo portuaire de Fos sur Mer qui délocalise les activités historiques du port.
Cette réglementation croissante de l’espace portuaire se lit dans l’évolution du statut de Docker. De l’embauche de n’importe qui qui traîne à la place de la Joliette, le statut fait peu à peu l’objet de plus de contrôle (carte d’accès) et le métier change avec l’arrivée des containers et du vrac qui entraîne une réduction du besoin de manutention humaine.
Les cafés et les commerces qui reliaient le port à la ville ont peu à peu été démantelés, ce qui fait que l’on connaît mal le port aujourd’hui.
Euromed center
C’est chargés d’histoire que nous entrons dans les Docks Talabot, monument saint simonien de la rationalisation des flux de marchandises, et que nous nous arrêtons à côté de ce que ce patrimoine industriel transformé en bureaux et en centre commercial compte de plus glorieux : les toilettes publiques.
À côté des toilettes publiques des Docks donc, Anti évoque en nous l’image de ce lieu de la modernisation de la manutention de la marchandise : sur plusieurs étages, reliés par un chemin de fer aux bassins (que l’on voit toujours sur la place de la Joliette) les Docks tentent de réduire ou du moins de contrôler le temps de manutention qu’une marchandise passe entre son dépôt à quai et son chargement sur un autre navire. Vitesse. Célérité. Désir de téléportation. Annihiler la distance. Ô grand capital, en toi nous sommes des flux entravés par les frottements de la matière. En toi nous sommes vifs et propres. Sans toi nous sommes lents et pourrissants.
Grâce aux Docks, la marchandise est évacuée de l’espace public et ne peut pas être grapinée par les personnes qui fréquentent les quais. Les Docks sont les ancêtres des entrepôts Amazon. Ils ont été construits par Paulin Talabot, Saint Simonien aussi à l’origine du PLM et proche de Ferdinand de Lesseps (canal de Suez). Tous deux appartiennent à la grande famille des saint simoniens et vénèrent le génie technique de l’ingénieur qui organise le monde en organisant les flux de gens et de marchandises.
Aujourd’hui les Docks ont fait l’objet d’une superbe opération de « façadisme » qui consiste à les transformer en bureau dans les années 1990 puis en centre commercial en 2010 en conservant le bâti pour donner une épaisseur historique à ce haut lieu euroméditerranéen.
Nous sortons de ce monstre sacré sur la place de la place Henri Verneuil. Nous sommes au sein d’un vrai business center : La coque, Le cepac silo, Les terrasses du port qui rendent la mer aux marseillais (pour que la ville puisse regarder la mer, derrière le apple store, elle doit passer par dessus son port). Ici on fait du logement, des banques, de la recherche, des centres commerciaux. Si j’étais investisseur étranger je foncerais ! C’est quand même à se demander qui bénéficie de ce bâti. Anti évoque une obscure chaîne de propriétés reliant une agence marseillaise à une agence nantaise à une agence tokyoïte. Les problèmes de portails doivent être difficiles à gérer.
« L’olympia des mers » comme dirait J-C Gaudin, le Cepac silo, est un ancien silo à céréales. Il incarne une révolution dans la gestion des flux. Grâce à lui, les marchandises ne sont plus entassées dans des sacs qui craquent mais sont stockées directement en vrac et chargées via des tubes. Cette fluidité de la marchandise rend inutile les opérations de manutention, les caisses et les tonneaux. Le besoin de dockers diminue car il faut désormais activer des leviers et non plus porter toutes les marchandises.
« Le but d’un outil portuaire c’est de réduire le temps que la marchandise passe à quai avant d’embarquer. Un bateau stationné coûte cher, il faut le faire circuler pour le rentabiliser. »Nous avançons et nous voici au pied de la tour La Marseillaise. Bleu, blanche et rouge, voilà la deuxième plus grande tour de la ville. 135m de haut, 31 étages, livrée en 2018. C’est la première réalisation de Jean Nouvel à Marseille. Pourquoi bleu blanc rouge ? Pour «jouer avec les couleurs du site : un certain rouge qui rappelle les toitures et les briques, un certain bleu un peu clair comme le maillot de l’OM et un blanc un peu gris comme un ciel maussade ».
Ce bâtiment c’est de l’optical art (l’anglais est important), car il change de couleur en fonction de la position de celle qui le regarde ou de l’effet de la lumière.
Le dégradé bleu-blanc-rouge qui orne la façade évoque aussi, ô surprise, les couleurs du drapeau français renvoyant à une dénomination de la tour qui n’est pas seulement liée à son ancrage local, mais aussi à l’hymne national. Un vrai joyaux patrimonial.

Au pied de cet autre monstre sacré donc, nous sommes devant les bains d’Arenc, les plus beaux bains de Marseille d’après Victor Gelu, où l’on faisait des batailles de salade sur la plage. C’est ici, sur ces rivages autrefois si pittoresques que l’on perçoit l’avancement artificiel du trait de côte, cette extension de platitude grise sur la surface de la mer nécessaire pour accueillir des navires avec des gros tirants d’eau. Victor Gelu, s’il était encore en vie, aurait certainement dit « C’était mieux avant ».
C’est également sur ce plat anthropique que durant la guerre d’Algérie se trouvait la prison d’Arenc, proto-CRA qui était un hangar illégal qui stockait des personnes attendant d’être renvoyées en Algérie. Les gens aussi font partie des flux que l’on veut intensifier. Ceux qu’il faut à tout prix faire partir et ceux qu’il faut faire venir. Répulsion et attraction.
« L’outil portuaire est aussi une frontière. » Il trie les flux, laisse passer certains, en bloque d’autres, en génère…
Getting rich and richer
Nous voici maintenant à l’entrée de la gare d’Arenc-Euroméditerranée, sous la plus grande tour de la ville. Le siège social de la CMA CGM. Une architecture déconstructiviste d’après Wikipedia qui fait appel aux formes non euclidiennes. Un palais digne de Cthulhu.
« Les théosophes ont saisi la formidable grandeur du cycle cosmique où notre monde et l’humanité ne sont qu’une pitoyable perturbation. Ils ont deviné d’étranges survivances dans des termes qui nous glaceraient le sang s’ils nous n’étions aveuglés par un optimisme mielleux. Mais, ce n’est pas eux qui m’ont permis de voir des éternités interdites qui me font trembler quand j’y pense et me font basculer dans la démence lorsque j’en rêve…C’est la tour CMA-CGM »

Quoiqu’il en soit ce qui nous importe c’est le silo Francine, minoterie à vapeur sur une zone franche portuaire élargie. Cette Minoterie c’est celle qui a été mise sur pied par la famille Storione. Cette famille de minotiers a connu une vive success story en se lançant au bon moment dans la farine fluide en sachet. C’est Alain Storione qui lance la bannette en 1980.

À travers cette histoire de pain, c’est de l’onde technologique qu’il est question : chaque nouveauté technologique permet des trajectoires d’ascension sociale. Elles génèrent une onde technologique dans laquelle il faut s’engouffrer au risque de devenir obsolète : c’est une fenêtre d’opportunité pour les entrepreneurs qui s’y engouffrent.
Jacques Saadé est aussi un exemple de ce phénomène. Lors de son stage de transport maritime à New York, il découvre le conteneur utilisé par l’armée américaine et songe que c’est un bon moyen de transport de marchandises. En 1978 il fonde la CMA. La croissance des échanges internationaux fait du porte conteneur un incontournable du trafic maritime. Jacques fait l’acquisition de la CGM pour une bouchée de banette. De son côté, la CGM était une entreprise de transport de passagers qui s’est effondrée et a été offerte à la CMA par l’État français.
Aujourd’hui la tour est un peu moins haute que la bonne mère. Rodolphe Saadé est juste en dessous de la vierge Marie. L’entreprise possède la Provence, BFM et la Tribune. C’est Véronique Saadé, épouse de Rodolphe, qui est présidente de CMA média. La sœur de Rodolphe, Tanya, s’occupe de la fondation CMA CGM.

Après cet émouvant pèlerinage devant deux monuments à la grandeur du capitalisme, nous marchons, traversons une des pires routes de la ville qui s’appelle « rue Saint Cassien », et nous voici devant un checkpoint. À travers une barrière nous voyons la vigie qui gère la levée des ponts et fait office de tour de contrôle.

Dans ce petit coin de safe city Anti évoque les bus de touristes, le roll on roll off aussi nommé roulier qui sont les navires spécialisés dans le transport de voitures, toute une poésie de l’embarquement et du débarquement dont on devine le goût ici à la barrière.

Cet instant de grâce où nous faisons du tourisme dans le tourisme prend fin et nous prenons la passerelle au-dessus du chemin de fer et en dessous de l’autoroute.
Anti commence à évoquer le Palumbosy Superyacht Refit, chantier naval pour super yachts, lorsque la pluie commence à nous tomber dessus. Châtiment divin sans doute pour oser remettre en question les bénéfices que le superyacht apportent à l’humanité.
Qu’importe. Nous nous mettons à l’abri sous l’autoroute qui est bien plus hospitalière que le chantier de superyacht.
Anti nous raconte que dans ce chantier où les agents de sécurité sont surveillés on refait le carénage des navires en virant la vie marine qui se greffe sur la coque pour y ajouter un revêtement anti vie marine. Ce revêtement est très polluant et il faut donc une station d’épuration pour le chantier. Station d’épuration financée à hauteur de 5 millions d’euros par l’agence de l’eau.
En même temps je comprends, c’est dur d’être riche il faut bien se faire aider par une institution publique si on veut survivre en ce bas monde. Et c’est bien normal d’avoir un super yacht quand on est riche. C’est tellement dur la vie sur terre avec toutes ces législations fiscales ! Alors qu’en mer c’est le royaume de la niche fiscale ! Il suffirait d’y créer un Etat Offshore et ce serait le paradis. C’est cette utopie de liberté qui est incarnée par le super yacht.
La mer est aussi ce lieu de contemplation où le businessman peut se ressourcer et avoir de grandes idées pour faire fleurir son entreprise.
Un exemple de vertu du dépaysement pour les ultra riches : Jeff Bezos réalisa avec une grande profondeur, en revenant de son voyage dans l’espace qui lui fit émettre 400 tonnes de CO2 en onze minute, que « vu de là haut, on prend conscience de la fragilité de la Terre ». À méditer.

Il pleut à Euromed
Il pleut encore et nous commençons à lire le paysage pour nous occuper. Nous sommes passés du périmètre Euromed 1 (qui s’arrête à la CMA CGM) au périmètre Euromed 2 qui va jusqu’au marché aux puces. Louise nous fait un topo sur l’asphyxie en cours de ce marché populaire par l’établissement public d’aménagement.
On parle aussi du chantier en face de nous. Sur les anciens squats de Cazemajou, on compte maintenant des écoles privées, une école de cinéma pour Marseille en Grand et même la Plateforme : « première école du numérique inclusive en France ». C’est vraiment chouette toutes ces écoles !
Nous tentons un dernier sort pour conjurer la pluie et on parle du 112ème quartier de la ville : Smartseille. Ville pilote de la smart city marseillaise livrée en 2015, elle est déjà has been avec ses tablettes partout.
Rien à faire. Décidément la pluie adore qu’on parle d’Euromed. Finalement nous décidons de marcher sous la pluie. Nous perdons quelques camarades en route mais on continue car il n’y a rien de plus satisfaisant que de longer des routes sous la pluie. Comme on dit « il faut souffrir pour comprendre la souffrance ».
Nous picniquons sous l’autoroute de nouveau, dans une charmante installation de pierres calcaires. Nous sommes juste en face du point de rendez vous où Marcelle et ses collègues prennent leur goûter et discutent de la lutte ouvrière dans Le rendez vous des quais de Paul Carpita. Sacrée émotion.
Ecumeuses de la route
Mais ne nous arrêtons pas trop longtemps, il faut bien qu’on continue à souffrir. Alors on se remet en marche sous la pluie vers ce qui aurait dû être le lieu de picnic s’il n’avait pas plu. Nous sommes au bord des quais à côté d’un tanker jaune.

Anti nous lit le début de Ecumeurs des quais pour évoquer toute la vie portuaire qui a disparu : les scaphandriers qui récupèrent les marchandises tombées à l’eau, les chiffonniers, les cireurs de chaussures, les guinguettes, le grappinage… Bref il était un temps où le port et la ville n’étaient pas coupés l’un de l’autre. Heureusement que la police a rendu compte de tous ces illégalismes, autrement nous n’aurions jamais su que le port était un lieu de vie avec tant d’activités.Sur la charmante route D5 nommée joliment « rue du Cargo Rhin Fidelity » nous faisons halte devantl’ancienne centrale à charbon. Ces deux piliers d’entrée se dressent comme des phares. Nous sommes devant un lieu sacré qui servait à stocker le charbon, cette substance faite des restes d’êtres anciens qui alimente les bateaux à vapeur et les émancipent des contraintes climatiques. Grâce aux restes des grands anciens, le port de Marseille peut se lancer dans le commerce océanique.
Non loin de là, entre deux flaques d’eau, nous passons devant la Galerie à la mer dont l’eau sert désormais à refroidir les data centers. Cette galerie a été initialement creusée pour déverser au large – via 42 diffuseurs – l’eau des mines de Gardanne qui défoncent le réseau karstique .

Sous la A55 de nouveau. Devant l’usine Panzani. Un autre phare à la gloire des ingénieurs. Devant un navire céréalier. Ô le blé tu es si important que tu pourrais déclencher des révolutions si tu venais à manquer. Tu nous montre à quel point nos corps ont des leviers géopolitiques. Le contrôle biopolitique passe par le contrôle des flux alimentaires. Nos capacités de subsistance ont été démantelées.

Devant MRS 2. On parle de législation import/export. De marchandise bon marché puis transformée avec de la plus value à Marseille. On parle de l’histoire coloniale du sucre, autre outil biopolitique. On parle du captage des produits de la traite négrière. On parle des 18 câbles sous-marins à l’entrée. Ces câbles sont le système sanguin du métabolisme urbain du capitalisme global. Le capitalisme numérique.
On parle des stratégies d’implantation des GAFAM par la colocation des data centers qui contournent la loi ZAN. On parle de la filière métallique mondialisée sur laquelle repose le numérique (il ya 16 000 sous traitants pour 1 smartphone) : l’or au soudan, le cobalt, le coltane, la silice, le germanium en RDC. On parle de tout ça mais j’ai mal au pied. Le seul banc que nous avons croisé sur la route était à Smartseille.

Photos : Mathilde Rouziès
Nous terminons par une vue sur le chantier de réparation navale depuis la colline à côté de Consolat. Les bâteaux ne sont pas encore tous électriques et crachent du gaz dans l’air que respirent les habitants des immeubles qui longent la façade portuaire. On parle de la pollution atmosphérique des croisières avec Stop croisière.
On imagine ce que peuvent contenir les conteneurs.
On évoque le projet de terminal haut de gamme au J4 et le projet plus global du port qui est l’augmentation du flux de données et du flux de croisiéristes.
Nous finissons sur cette pensée que le porte-avions US qui fut stationné au port avait le même nombre d’habitants que Campagne Lévêque qui lui faisait face. C’est cela qui aurait inspiré la balade à Anti. Gingembre comme disent les jeunes.
Une ultime pensée me vient alors : au milieu de tous ces flux en mouvement permanent, s’y arracher et demeurer immobile n’est pas désagréable. C’est comme sortir du temps. C’est sympa comme pensée mais bon je n’y pense pas longtemps.
