Jordan Szcrupak, Timothée Girault
-07/02/2026
Travaux pratiques #1 de l’école du feu : esquisse et jardinage
» La journée, animée par Le Bureau des guides – GR2013, s’est structurée autour de plusieurs séquences complémentaires mêlant lecture territoriale, échanges d’expériences et actions concrètes. La première étape a consisté à analyser les documents réglementaires qui encadrent la gestion du risque incendie. La lecture sur le terrain du Plan de Prévention du Risque Incendie de Forêt de Marseille (PPRif), approuvé en 2018, a permis de superposer l’empreinte réelle de l’incendie de juillet 2025 avec le zonage réglementaire. Cette correspondance a rappelé la réalité d’un aléa élevé et la difficulté de défendre certains secteurs face au feu. La consultation de la carte du Plan Local d’Urbanisme intercommunal de la Métropole Aix-Marseille-Provence (PLUi), notamment la planche Centre n°11, a également mis en évidence la superposition de zonages et de servitudes parfois difficiles à concilier. Ces documents traduisent les enjeux d’une gestion intégrée du risque incendie dans les espaces périurbains, mais ils révèlent aussi les limites d’une approche fragmentée entre urbanisme, gestion forestière et politiques de l’eau. Les discussions ont notamment souligné l’importance des solidarités amont-aval dans la gestion des eaux pluviales. Après un incendie, la disparition du couvert végétal accentue les phénomènes d’érosion et de ruissellement. Le croisement de la prévention du risque incendie avec les politiques de gestion des milieux aquatiques et de prévention des inondations (GEMAPI) apparaît donc comme un enjeu majeur pour l’équilibre écologique du territoire.
La seconde séquence de la journée a été consacrée au partage d’outils et de connaissances. Lors de la pause déjeuner organisée chez une habitante sinistrée, les participants ont échangé avec Patrick Jeannot autour de son outil de modélisation PyroVigil. Ce dispositif permet de représenter les équidistances parcellaires et de simuler les supperpositions des périmètres d’obligations légales de débroussaillement à partir des limites cadastrales. La carte produite met en évidence une bande périmétrique d’environ quarante hectares, aujourd’hui entièrement incendiée, qui reste juridiquement soumise aux obligations de débroussaillement réglementaire. Cette visualisation a permis d’ouvrir une réflexion sur la mutualisation possible des travaux et sur les formes de gestion collective des interfaces habitat-forêt, à l’aide d’un «troupeau débroussailleur» pour accompagner la repousse de la végétation et la protection des sols contre le ravinement.
La journée s’est achevée par une action concrète dans le vallon avec la préfiguration d’une petite pépinière de quartier sur la parcelle d’un habitant. Ce chantier participatif de plantation a rassemblé des essences ligneuses méditerranéennes sélectionnées pour leur adaptation aux conditions locales. Parmi ces espèces figurent notamment le pistachier lentisque, la filaire à feuilles étroites, le laurier-tin, l’arbousier, l’érable champêtre, la coronille glauque, le genévrier cade. Certaines appartiennent au cortège floristique caractéristique de la série du chêne vert (Quercus ilex), formation forestière typique du domaine méditerranéen. D’autres espèces, comme le micocoulier de Provence, le grenadier, l’arbre de Judée ou l’érable de Montpellier, participent davantage des paysages agricoles traditionnels ou des lisières cultivées. Le choix de ces vingt-quatre essences ne relève pas d’une logique de restauration forestière post-incendie. Il s’inscrit plutôt dans une démarche de jardinage du vallon. L’objectif est de travailler en co-responsabilité avec des plantes d’affinité méditerranéenne capables de s’adapter à des sols relativement profonds et à une exposition abritée. Dans ce contexte, la diversité des formes végétales joue un rôle important. Les arbustes persistants structurent des volumes végétaux stables tout au long de l’année, tandis que les espèces caducifoliées introduisent des variations saisonnières et une meilleure pénétration de la lumière en hiver. Les fruitiers rustiques, comme le cormier ou l’amélanchier, contribuent quant à eux à renforcer les continuités écologiques tout en offrant des ressources alimentaires pour la faune, véritable compagnon de cette démarche.
Cette pépinière de quartier constitue à la fois un geste symbolique et un premier dispositif opérationnel de mobilisation collective. Elle permet d’envisager la production locale de plants, de boutures et de graines qui pourront progressivement essaimer dans les jardins voisins et dans les espaces collectifs du vallon. À terme, cette dynamique pourrait favoriser l’émergence de lisières végétales multifonctionnelles situées entre les zones habitées et les massifs forestiers. Elles contribueraient à créer une rupture de combustible plus lisible dans le paysage, à protéger les formations forestières remarquables et à améliorer la qualité du cadre de vie. Elles offriraient également des habitats favorables pour les oiseaux, les insectes pollinisateurs et d’autres espèces caractéristiques des milieux méditerranéens, dont la mosaïque d’habitats sera également un amortisseur climatique (effet Oasis). La réflexion engagée lors de cette première journée ouvre ainsi la possibilité de concevoir les lisières productives, non plus comme de simples zones de débroussaillement imposées par la réglementation, mais comme de véritables espaces communs à réinvestir. Gérés collectivement, ces espaces de nature foncière différente pourraient accueillir des pratiques agro-sylvo-pastorales extensives (pastoralisme), des plantations fruitières rustiques sur les secteurs où d’anciennes restanques se sont découvertes après le passage du feu ou encore des dispositifs favorables à la biodiversité, ou bien des ouvrages pour ralentir, disperser et infiltrer les eaux pluviales. Dans un territoire marqué par la récurrence du risque incendie, cette approche permettrait d’associer les habitants à la réduction des vulnérabilités tout en réinventant de nouvelles relations entre habitat, forêt et les pyropaysages méditerranéens. «
Jordan Szcrupak – Livret de restitution du TP#1 : Pépinière de quartier






Dessins : Timothée Girault
