D’un hyper-lieu concentré en flux automobiles et en personnes, abandonnons-nous aux traces d’anciennes routes, de bauxite et de vie après incendies. Cheminons depuis un magnifique désert hanté vers un oasis de fraîcheur ocre, la Cadière nous mènera à la ville : Vitrolles verte.
Gare d’Aix TGV—> Vitrolles, Fontblanche.
Départ gare d’Aix TGV. Retour depuis Vitrolles : bus 89 (arrêt Clinique Griffon) en direction de Marseille ; Bus de l’étang (arrêt Fontblanche) vers gare routière Vitrolles
Prenez votre casque, votre téléphone ou votre lecteur MP3, et laissez-vous guider à l’oreille…
Contemplez les évolutions du paysage avec l’Observatoire Photographique du Paysage au point de vue n°1 D9, n°2 Boues Rouges/Stadium, n°3 Source de l’Infernet, n°4 Lit de l’Infernet
En 2015 la réédition de la carte routière Michelin oublie de figurer la nappe bleue de l’Étang-de-Berre. Le plus grand étang d’eau saumâtre d’Europe – 75 km de côtes, une lagune de 155 km2 et 980 millions de m3 d’eau – disparaît alors de la carte.
En 2018, un printemps pluvieux et des apports d’eaux claires très importants provoquent un phénomène de “bloom phytoplanctonique“ qui, associé à de très fortes chaleurs et une absence de mistral pendant l’été, entraine une des plus graves crises anoxiques dans l’étang. L’évènement, particulièrement inquiétant, s’inscrit dans l’histoire longue d’un territoire hautement industrialisé et nous alerte sur l’actuelle fragilité de ses écosystèmes.
En 2019 une expédition menée par le Bureau des guides et portée par un équipage composé d’artistes, de scientifiques et d’habitants de la lagune, part à la découverte de cette mer intérieure. Après une navigation depuis Marseille, leur navire s’aventure dans le chenal de Caronte pour inventer un territoire à partir de ses côtes et de ses rivages.
Une exploration poétique et scientifique s’engage.
Photos : Grégoire Édouard
Les traversées
Après un an de voyages, d’enquêtes et de rencontres, l’expédition Pamparigouste vous propose d’embarquer à son bord pour parcourir les rives de la lagune et entendre les récits de ses habitant·es humains et non-humains.
Le Bureau des guides vous invite à un voyage vers l’étang de Berre et vous propose quatre “traversées ” : de grandes marches animées par l’équipage pour partager nos connaissances et nos expériences.
Avec l’équipage de l’expédition Pamparigouste : Geoffroy Mathieu, Christophe Modica, le collectif SAFI, Adrien Zammit, Grégoire Édouard, Camille Goujon et le Bureau des guides du GR2013.
La Vitrine du sentier est soutenue par le Département des Bouches-du-Rhône dans le cadre de la redynamisation du centre-ville de Marseille.
PAMPARIGOUSTE, est une expédition métropolitaine soutenue par le FNADT, la Région Sud, le projet européen Nature 4 City Life, le Département des Bouches-du-Rhône, Les Parallèles du Sud de Manifesta 13, la Fondation de France, les communes de Martigues, Miramas, Saint-Chamas, Istres, Vitrolles et Berre-l’Étang. En coproduction avec le Centre National de Création Musicale de Marseille | gmem-CNCM-marseille et l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Marseille | ENSA•M. En partenariat avec Opéra Mundi, la Fondation TARA Océans, le GIPREB, L’institut écocitoyen de Fos, le LPED (Aix Marseille Université), le Parc de l’ancienne poudrerie de St Chamas (SIANPOU), les bases nautiques et clubs de voile ainsi que les associations riveraines de l’étang (ESSV, le Batolab, la LPO, l’ADMR, l’Étang Maintenant, Nosta Mar…).
De septembre à octobre 2020 – Quatre traversées pour naviguer à pied, partager des histoires, écouter des voix et peu à peu percevoir l’étang comme une île.
Et si l’étang était une île ?
« Nous sommes partis il y a plusieurs mois déjà. En bateau, explorer le trou dans la carte, l’étang que nous pensions connaître. Nous nous sommes abreuvés de toutes les histoires que l’on pouvait attraper. Nous avons gravi les masses d’eau stratifiées, suivi un soir le chemin des algues et un autre soir celui des zostères, fait halte au pied des usines, partagé le repas d’un pêcheur, dormi avec les moules, écouté le son des torchères et du vent au petit matin. » Après plusieurs temps d’exploration composant peu à peu les épisodes d’une histoire en train de s’écrire, l’expédition Pamparigouste vous invite à embarquer pour plusieurs grandes marches aux allures de navigation à la rencontre des récits de ceux qui habitent la lagune et ses rives…
Traversée #1 – dimanche 20 septembre 2020
Une traversée de la petite Camargue vers le parc de la Poudrerie à Saint-Chamas, avec la botaniste Véronique Mure
Histoires d’arbres, d’oiseaux, de sédiments, de moules ou de poudre à canon, nous entendrons leurs voix s’élever pour nous raconter un paysage et ses transformations, un éco-système et ses interactions.
Une journée de marche ponctuée : des interventions de Véronique Mure (botaniste) qui fera vivre la pensée de Francis Hallé (qui était initialement prévu ce jour à ses côtés), du photographe Geoffroy Mathieu et les artistes du Collectif SAFI.de la participation des bases nautiques et clubs de voile de St-Chamas et Miramas, de l’Institut écocitoyen de Fos, du Musée municipal Paul Lafran, des associations ADMR, les Amis du vieux St Chamas et 8vies, des habitants du collectif L’étang de s’y mettre/Batolab, et de l’ensemble de l’équipage de Pamparigouste.
Traversée #2 – dimanche 27 septembre 2020
Une grande marche exploratoire vers les abords de la plage des Marettes à Vitrolles, avec la philosophe et éthologue Vinciane Despret
Cette deuxième traversée nous conduira à pied des balcons rocheux à l’étang pour aller écouter les histoires de ceux qui habitent la lagune et ses rives. Histoires d’oiseaux et d’avions, de ville bâtie ou en débris, de plages, d’autoroutes, de chemins et de sentiers, nous entendrons des voix s’élever pour nous raconter un paysage et ses transformations, un éco-système et ses interactions.
Un journée de marche ponctuée :des interventions de Vinciane Despret (philosophe et psychologue spécialisée en éthologie), du photographe Geoffroy Mathieu et les artistes du Collectif SAFI.du concert Si l’Ile de Christophe Modica et Stéphane Coutable.de la participation d’Arlette Hérat (urbaniste), Juliette Simon (sociologue), Valérie Décot (membre de RAEDIFICARE, structure de réemploi des matériaux de construction), Élise Boutié (doctorante travaillant sur le rapport aux risques incendies), des associations l’Etang maintenant et Nosta Mare, de la famille Dallaporta et de l’ensemble de l’équipage de Pamparigouste.
Une traversée des salins de Berre-l’Étang jusqu’à l’embouchure de l’Arc
Histoires de rivière, de pipe, de sel et d’oiseaux, d’usines et de cabanons, nous entendrons leurs voix s’élever pour nous raconter un paysage et ses transformations, un éco-système et ses interactions.
Une journée de marche ponctuée :Des interventions de Sarah Vanuxem (chercheuse en droit de l’environnement), Laurence Nicolas (ethnologue et anthropologue), du photographe Geoffroy Mathieu, de la plasticienne Camille Goujon et des artistes du Collectif SAFI.Avec la participation des habitants de Berre-l’Étang (Luc, Isabelle, Jean-François, Jean-Claude, Aline, David…), l’association SOS Durance et de l’ensemble de l’équipage de Pamparigouste.
Une traversée du chenal de Caronte vers les ruines de Maritima Avaticorum à Martigues
Histoire de pêcheurs, de radeaux, de coquillages et de pétroliers, nous entendrons leurs voix s’élever pour nous raconter des manières d’habiter dans le risque et de s’inventer des bateaux pour naviguer sur une île.
Une journée de marche ponctuée : des interventions de Christelle Gramiglia (sociologue), Élise Boutié (doctorante travaillant sur le rapport aux risques incendies), Sophie Bertran de Balanda (urbaniste), Jean Chausserie-Laprée (archéologue), de la Vibraphoniste Melissa Acchiardi, du photographe Geoffroy Mathieu et des artistes du Collectif SAFI.Du concert Si l’Ile de Christophe Modica et Stéphane Coutable en coproduction avec le gmem-CNCM-marseille, Centre National de Création Musicale de Marseille.Avec la participation de l’observatoire citoyen de l’environnement (institut éco-citoyen), des associations riveraines, de Yes we camp et des habitants constructeurs (Cap Fada) et de l’ensemble de l’équipage de Pamparigouste.
Une promenade de 12 km en ville à la journée pour raconter le cours de l’Arc et de son affluent la Torse à Aix-en-Provence.
Partenaires
Cette promenade s’inscrit dans le programme européen Nature 4 City Life porté par la Région Sud Provence-Alpes-Côte d'Azur qui veut favoriser une meilleure intégration de la nature au sein du projet urbain dans un contexte de changement climatique.
Une balade-atelier avec le Collectif SAFI le 22 juin 2022
Originaire de la vallée de l’Indus (à l’est de l’Inde), Arundo Donax accompagne le développement de nos sociétés depuis la nuit des temps. Lors de la marche, observons son écologie, ses usages et ce qu’elle raconte des mouvements de terre. Puis passons à la pratique, la collection d’outils conçue par le Collectif SAFI invite à couper, refendre, mettre en forme et valoriser ce bio matériau perçu aujourd’hui comme invasif, qui peut se révéler plein d’avenir si on apprend à dialoguer avec lui.
Et aussi Samedi 25 juin 2022
16h – Conférence Abécédaire® avec la botaniste Véronique Mure (École Nationale Supérieure du Paysage) Joignez-vous à la discussion entre de jeunes « naturalistes en herbe » et la botaniste Véronique Mure autour de leurs ateliers sur la canne de Provence et venez découvrir les richesses du monde végétal.
Une conférence Abécédaire® d’Opera Mundi en partenariat avec la médiathèque Salim-Hatubou, le Collectif SAFI, l’ACELEM et l’École de la 2e Chance de Marseille dans le cadre du projet « Les Naturalistes en herbe » soutenu par la DRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur et la Métropole Aix-Marseille Provence. À partir de 6 ans.
Médiathèque Salim-Hatubou : 1 rue des Frégates, Marseille 15e > Gratuit sur réservation : 04 13 94 83 92
Partenaires
Dans le cadre de la semaine Nature et Biens communs organisée par le Zef.
Cette promenade s’inscrit aussi dans un programme de 5 ans du projet européen Nature 4 City Life (2017-2022) qui veut favoriser une meilleure intégration de la nature dans le projet urbain dans un contexte de changement climatique.
Nous sommes dans les hauteurs de la ville, par delà les grandes lettres Marseille, à Foresta. Le collectif SAFI nous invite à observer, en contrebas, l’usine Monier, dernière représentante de l’histoire tuilière du bassin argileux. On y repère des tuiles, emballées, prêtes à partir en empruntant les infrastructures qui bordent l’usine : 4 voies, chemin de fer ou bateaux dans le port aujourd’hui d’immenses bâtiments de croisière.
Les immenses bateaux présent aujourd’hui dans la rade, nous ramènent vers une histoire de l’intérieur des terres : ces habitants autour de Foresta racontent que régulièrement, lorsque la fenêtre est ouverte, une légère couche de poussière noire s’infiltre à l’intérieur, et se dépose sur toutes surfaces.
Comprendre comment ces particules se déposent, d’où vient cette suie et ce que cela raconte de notre monde, sera le sujet de cette 4ème Conversation marchée à Foresta. Il nous faudra créer un rapport avec ces êtres fantomatiques que sont les constituants des pollutions atmosphérique, et ça ça demande des alliés.
Institut écocitoyen : répondre aux questions qui ne sont pas au bout du nez
Alliés 1 : Philippe Chamaret et Marine Periot, de l’institut Ecocitoyen pour la connaissance des pollutions de Fos-sur-Mer, sont venus éclairer cette poussière et nous parler de pollution, de lichens et de bio-indication pour la rendre palpable.
L’institut écocitoyen est un centre d’étude de l’environnement et de l’effet des pollutions sur la santé. Fondé en 2010, il s’est créé autours du conflit lié à la présence de l’incinérateur d’ordures ménagère de la communauté urbaine de Marseille à Fos-sur-mer. Cet épisode à révélé l’impérieuse nécessité de produire des données environnementales et sanitaire pour mieux connaître les impacts de ces infrastructures, aider élus et citoyens à prendre des décisions éclairés. Leurs actions s’organisent autours de trois grandes missions : 1 / Développer la connaissance sur les polluants et leurs effets sur les milieux et la santé. 2/ Impliquer les citoyens dans des processus d’identification des problèmes de pollution, d’élaboration de protocoles et de mise en œuvre d’ études. 3 / Informer et alimenter les débats dans les territoires exposés.
En invitant les citoyens à participer à la production de données, l’institut écocitoyen invente une nouvelle forme de science participative, qui permet aux habitants de reprendre prise sur les questions qui leur importe mais aussi ça les aide donner un contexte aux données et, ce que ne savent pas faire les instruments de mesures, à poser des questions un peu plus loin que le bout de leur nez.
Si on ne regarde que la partie visible on est comme borgne
On va donc ensemble apprendre à traquer ces pollutions omniprésentes aussi dans l’histoire des quartiers nords de Marseille, même si nous apprendrons que la pollutions urbaines et industrielles diffèrent fortement.
La pollution c’est tout ce qui peut avoir un effet néfaste sur notre environnement et par répercussion sur notre santé, elle a des effets toxiques qui fonctionne par accumulation ou par empoisonnement en fonction de ce qui la compose.
Dans l’air, la pollution peut être visible à l’oeil nu, par effet d’accumulation, ou perçu avec des capteurs, souvent ce sont celles qu’émettent les voitures, ou les moteurs, qu’on retrouve très fortement en ville. Mais il y a aussi des particules ultrafines, qui par leur tailles infime 0,I sont invisibles, plus difficile à déceler ou à mesurer “sans poids” elles restent en suspension, polluant durablement l’atmosphère.
Leur extrême finesse leur permet de pénétrer beaucoup plus profondément dans les poumons et sont toxiques par effet inflammatoire rien que par leur présence, quelque soit leur composition. Des études ont montrés que les particules ultrafines ont un impact sur le fonctionnement cardio-vasculaires et le développement du diabète.
Ici, celle que l’on ne voit pas viennent de derrière la colline, depuis le complexe industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer.. Les vents brassent et transportent cette pollution atmosphérique qui va également s’infiltrer dans les fonctions métaboliques des végétaux et , par transfert, vont à leur tour contaminer les sols. Ainsi c’est tout en discrétion que l’entièreté du tissu du vivant finit par porter ces polluants et leurs toxicités dans sa chair…
Des lichens pour mesurer la pollution
Alliés 2 : Pour embrasser sans démembrer l’enchevêtrement de ces dynamiques particulaires, l’institut écocitoyen à choisis d’observer les lichens, qui, si on sait les traduire, nous aider à toucher du doigt la pollution invisible.
Les lichens sont en réalité déjà eux-même une alliance la symbiose entre une algues et un champignon. L’algue fait la photosynthèse et le champignon s’occupe de l’eaux, des minéraux, de l’azote… En puisant ainsi ses ressources dans l’atmosphère le lichen se transforme en bio-indicateur fiable des impacts de la pollution atmosphérique : on ne pourra pas dire “c’est parce qu’il a chopé ça dans le sol, ou ailleurs”.
Les communautés Lichéniques se composent de différentes espèces qui réagissent toutes différemment aux effets combinés des cocktails de pollution, et se répartissent en trois grandes familles convoquées pour le protocole mis en place l’institut écocitoyen :
Famille 1 “Les crustacés”
Très fréquent, le thalle “ le corps” du lichen est totalement incrusté à la surface depuis laquelle il opère, il a une grande polluo-résistance.
Famille 2 “ Les foliacés”
Le thalle à un peu plus de relief et dessine des petites folioles qui se décollent très légèrement de la surface d’accrochage, sa polluo-résistance est assez variable et donc très utiles pour le protocole de lecture des pollutions.
Famille 3 “fruticuleux”
Terriblement polluo-sensible ce lichens quitte sa surface de fixation, assez restreinte, pour s’ouvrir en ramifications complexes, pendantes, redressées ou étalées on le trouve dans des zones particulièrement saines.
Les lichens font leur vie de lichens, en prenant ce qui leur arrive par les airs et c’est ainsi qu’ils nous racontent comment ils vivent avec les pollutions dans leurs variétés et leur dynamiques, là où les filtres des instruments de mesures, eux, n’attrapent en que les pollutions pour lesquels ces filtres ont été pensés.
Une espèce répandue mais exigeante
Ce que que les lichens nous révèlent de Foresta : Beaucoup de pins plantés donc pas beaucoup de lichens (trop acide) et une variété de milieux qui permet de trouver le graal du lichen : pas trop d’ombre, ni de soleil, avec un peu d’humidité. Une petite placette potentielle d’observation lichénique est déterminée. On n’y voit pas de fruticuleux, une abondance de crustacés, et quelques espèces de foliacés, qu’il faudrait faire entrer dans des abaques pour qu’ils nous en disent plus.
Les vivants qui surveille les pollutions
L’institut a mis en place un protocole de récolte de données par des citoyens. Un calque, posé sur un arbre, permet de dessiner des espaces qui seront comptés annuellement par les volontaires formés, on mesure la présence ou l’absence de 4 espèces représentatives de la qualité de l’air. Ces données compilées comparées par l’institut à des zones témoins permet d’établir des indices de qualité de l’air.
D’autre études, effectuées par l’équipe de l’institut écocitoyen, visent à comprendre l’impact de ces polluants sur le développement des lichens.
En fin de parcours, nous tombons nez à nez avec un spécimen de Xantheria Parietina, un lichen foliacé jaune vif accroché à un savonnier. Une partie de son thalle est vert, il s’agit en fait d’une nécrose qui pourrait être le signe d’une modification de la qualité de l’air. Est ce l’impact du confinement ? de la reprise des activités et du retour des moteurs ? Difficile de se prononcer, mais nous nous quittons avec la conviction d’une enquête à prolonger.
On se retrouve dimanche matin vers 9h45 à l’Office du tourisme de Istres. Nicolas Memain attend, cache sa veste de cantonnier dans un café avec les habitués et sort à l’heure précise.
La marche violette contre les féminicides marque une journée où les piéton.ne.s sont autorisé.e.s à ralentir les voitures, à la main des fleurs blanches offertes par les fleuristes de Istres. Ici la nature par les fleurs représente des vies de femmes arrachées par le sexisme.
Nicolas Memain prévient : nous serons attentif.ve.s dans cette marche à la référence. Subtiles ou grossières, inavouées ou extravagantes, les références façonnent l’urbanisme et l’architecture. « C’est tout ce qu’il nous reste, postmodernes que nous sommes ». Entre évocation ou invocation, savoir-faire qui laisse place à l’existant, ou symbolisme demandant à la ville de prendre la forme de ce qu’on imagine d’elle, une fiction californienne adolescente des années 90.
Istres, dans son nom même est une de ces références aux non-humains qui composent la ville et que l’on oublie trop souvent. Istres, première fois nommée dans une charte de Conrad le Pacifique, viendrait de la même racine qui a donné « huîtres ». La ville fait référence aux producteurs de calcaire qui en compose son sol. Illustration : le calcaire dans lequel est faite la porte d’Arles, l’arc de triomphe au coin de l’allée Jean Jaurès, juste à côté de l’office du tourisme, laisse affleurer quelques coquillages nous rappelant que le minéral lui-même ne serait sans l’organique, la pierre est faite de milliards et milliards de coquillages et autres organismes marins concassés, dont les huîtres, qui apparaissent de ci de là sur les parois rocheuses.
L’arc de triomphe se situe à l’entrée du vieil Istres à la forme d’une olivette.
La ville, nous explique-t-on, est fait de nombreuses collines et de fond de vallées. La tache urbaine est carrée, coincée entre l’étang et la base aérienne 125.
La Zone Industriao-Portuaire de Fos est décidée en 1964. en 68 il est décidé de ne pas faire une grosse ville nouvelle, mais d’étendre les villages existants de Istres et Fos. En 1972 est crée l’EPAREB qui pilotera au nom de l’Etat cette croissance. Dès le début, une pensée écologique de prévention des risques et de respect de l’existant sera intégrée aux projets de ZACS.
C’est donc une ville nouvelle que nous allons traverser. Beaucoup des intelligences de la nature en ville que nous remarquerons sera l’héritage du travail du paysagiste de l’EPAREB[1] : Georges Demouchy. il s’agissait déjà pour EPAREB d’accompagner, plutôt que de remodeler, un terrain d’expérimentation qu’il est bon de fréquenter pour penser nos aménagements d’aujourd’hui.
Mais avant d’y aller, un petit tour par la ville ancienne s’impose, car les savoir-faires avec la nature ne date pas d’hier. L’allée Jean Jaurès est un Cours, forme urbaine typique en Provence, référence au Corso italien, une mode qui arrive au 17e siècle. Deux allées de platanes à feuilles caduques : ombrages en été, ouverture sur le soleil en hiver. Expression de l’intelligence des feuilles de ces arbres qui mériteraient certainement mieux que les pas d’arbres qui leurs sont aujourd’hui imposés. Le Cours est tordu : marque de l’ancienne enceinte de la vieille ville.
Piétonnisée, des parcelles démolies accueillent quelques arbres formant placette, dont des melia beaux toutes les saisons et des micocouliers résistant aux maladies. On arrive ensuite à la fontaine moussue, ou rocaille moussue au fond du boulevard Paul Painlevé, qui imite la formation naturelle de végétation dans les grottes. Cette drôle de protubérance moussue qui ruisselle de manière discontinue a une fonction rafraichissante, douce humidité pour les canicules, dont le bruit des gouttes d’eau trompe notre cerveau et lui donne des impressions de fraicheurs de fond de vallée. Certain.e.s recherche que Nicolas l’ont conduit a soupçonné que le centre de bourse de Marseille avait été pendant un moment pensé comme une rocaille moussue, donnant une toute autre image de ce que Belsunce aurait pu être. Le réseau d’arrosage serait, dit Nicolas, tombé en panne.
Passant devant des cyprès florentins et des oliviers en pots, l’occasion se présente de discuter de la différence entre deux types de plantes, qui catégorisées par la façon dont on les utilise dans nos histoires humaines de paysagisme : les plantes culturelles et les plantes écologiques. Certaines plantes sont utilisées pour des raisons plus « écologiques », elles sont soit déjà présentes, et on fait avec, soit sont introduites pour des fonctions de climatisation, de maintien du sol, comme habitat ou autre, de manière à s’accorder au mieux à l’écologie d’un lieu. D’autres sont convoquée pour une cohabitation qui n’a de raisons que culturelles.
Par exemple, les cyprès florentins, les lauriers roses et les oliviers se retrouvent souvent affublés d’une mission de représentation de l’identité provençale, qu’il faille pour ce faire le mettre en pot pour que cela soit viable ne pourra pas les détourner de leur fonction : nous nous dirons face à ces plantes qu’ici nous sommes bien en Provence.
Nous quittons le centre ville passant, direction la Romaniquette, en passant par dessus une branche du système Crappone. Le système Crappone est un système d’irrigation qui s’étend de Salon-en-Provence, Lamanon, jusqu’à Arles et irrigue toute la plaine de la Crau, qui demande un grand apport en eau pour la production du celèbre foin de la Crau, unique denrée non-alimentaire protégée par une appellation d’origine controlée, la culture de foin se fait en champs inondés. Certain.e.s se mettent à rêver du reflet du ciel dans l’eau. L’eau fait elle aussi des références au ciel ?
Une deuxième branche de canal, cette fois-ci abandonnée nous raconte une autre histoire : celle de la déprise agricole, ce canal en effet est plus en hauteur, et les hauteurs, zones les moins fertiles, sont les premières zones délaissées quand les activités agricoles diminuent. Ici le rapport de référence s’inverse : c’est la spécificité des vivants qui repeuplent une branche de canal abandonné qui racontent l’histoire des mutations sociétales humaines.
Deux essences d’arbres attirent notre attention : ils rejouent une nouvelle fois la question de la référence, sur un mode encore nouveau. Il s’agit du Catalpa et du Melia Azedarach, il s’agit de deux arbres installés ici dans ce quartier récent qu’est la Romaniquette, ce sont deux arbres très graphiques, que les paysagistes et architectes doivent souvent dessinés dans leurs études. Il paraîtrait même que le catalpa de la cour des Beaux-Art de Paris aurait rendu tous les étudiants passant par là sensibles à ses formes : on plante ce qu’on connaît. Que l’histoire soit vraie, peu importe. Ces deux arbres sont arrivés ici pour des qualités ni écologiques ni culturelles, mais plutôt pour leur qualité graphique et pédagogique, qui leur a valu d’être dans les esprits des aménageurs. Les manières dont les non-humains font intrusion dans les histoires humaines se multiplient au fil de la balade.
La réalité tremble et Nicolas nous fait perdre nos repères urbanisés, empruntant presqu’exclusivement des chemins d’écoliers, ces chemins qui passent à l’arrière des maisons, dans des interstices aménagés pour que les enfants puissent aller à l’école à pied en toute sécurité. Par ces sentes vertes internes, qui sont soit des passages au dessus d’anciens canaux, ou de canaux toujours en activité, voir même des espaces entre les maisons et d’anciens fronts de tailles de carrière, la part faite à la nature est belle : les enfants, mais aussi les insectes, les plantes, de petits animaux, et des imaginaires loin du tout-au-béton et du tout à la voiture peuvent toujours se frayer un chemin. On voit très peu le goudron et les voitures, la ville nous offre un tapis paradis.
On arrive au Parc de la Conque. Nous entrons depuis une sente pédestre du côté du chemin du cros de la carrière. C’est un petit parc qui représente bien la façon de penser de Demouchy, sa manière de se jouer des références à l’histoire du paysagisme et de laisser l’existant nous offrir des manières de réinventer cet héritage. .Il reprend des lignes de forces qui existent déjà dans le paysages : un front de taille, un bout d’aqueduc, il les intègre pour dessiner un petit jardinet de cloître rêvé , tradition paysagiste et lignes de forces préexistantes : les grandes références se mêlent au quotidien. Une petite gloriette en béton et en inox fait elle aussi référence à d’autres jardins, les grands jardins aristocratiques, mais ses matériaux se font beaucoup plus discret pour raconter cette grande histoire.
Les références s’enchevêtrent : la plupart des maisons qui nous entourent sont des maisons en bois, recouvertes d’un enduit imitation pierre, les tuiles sont en ciment, mais imitent l’argile.
Le paysage devient une fiction, mais une fiction subtile par laquelle on se laisse prendre.
On se rapproche du front de taille qui constitue l’une des bordures du parc : elle nous rappelle ce qui constitue Istres, les coquilles d’huîtres en quantité se laissent voir dans les calcaires : de la nature ou du paysagiste, on ne sait plus qui invente les plus improbables fictions…
Nous remontons vers le parc de la Romaniquette en empruntant d’autres sentiers pédestres, en y croisant quelques atriplex, ou pourpiers de mer. Ces plantes sont les stars du réchauffement climatique. Peu demandeuses, elles poussent sur des sols très pauvres et contribueraient à reconstituer les sols tout en offrant de l’ombrage et de la protection contre le vent à d’autres essences, habitats pour d’autres règnes.
Ces plantes sont comestibles, légèrement salées, ce goût dit à nos papille la présence non lointaine du sel.
Et c’est bien là que pour la première fois du chemin notre vue s’ouvre sur l’étang de Berre, juste après avoir croisé les traces rouges et jaunes du GR2013. C’est une autre petite gloriette qui nous attire et nous surprend avec sa vue sur l’étang de Berre, nous permettant de comprendre le rapport particulier que la ville entretien avec l’étang : on ne le voit presque pas : Istres est sur un plateau qui commence en falaise au bord de l’étang avec une douce pente jusqu’à la plaine de la Crau.
Nous arrivons près de l’école primaire Jacqueline Auriol, par d’autres sentiers pédestres, le chemin du bois joli, pour constater d’autres pratiques du paysagisme, confrontés à un micro paysage plus récent, assez typique de ce que l’on pourrait qualifier de paysagisme comptable : devant l’école, pour protéger les enfants des voitures est installé un par-terre, une plate-bande sur un sol stérile et blanc (ici des coquillages, mais qui sont là comme référence au vide), avec des points « devis », probablement dessiné à l’ordinateur avec sur le plan, des points qui réfèrent directement au devis de la plante à installer.
Plutôt que d’intégrer des lignes de force et de laisser la place au vivant, le paysagisme pense par une fonction préalablement décidée : il faut que les enfants restent éloignés de la route, déviation artificielle des enfants, plutôt que ralentissement des véhicules motorisés.
C’est un décor de centre de rond point hors du centre du rond point.
Nous nous échappons par le chemin de la Tortosa, qui nous fait longer une nouvelle fois l’étang de Berre, sous les structures, le calcaire tendre est soufflé par le vent, ne reste que le calcaire plus compact qui forme ces étonnantes architectures minérales. Une souche de bois mort montre un autre changement de mentalité dans la gestion des parcs : laisser le bois mort permet une meilleure régénérescence des sols. Là où nous avions tendance à tout « nettoyer », nous apprenons aujourd’hui à accompagner la façon dont la nature se recycle elle-même : les champignons pyrophiles décomposent le bois brulé, et en fait de la matière organique pour nourrir l’écosystème.
La vue que nous avons sur l’étang de Berre nous offre une occasion de penser à lui et d’échanger ce que nous en savons, la vue sur la centrale hydro-électrique de Saint-Chamas, « embouchure artificielle de la Durance », nous invite à raconter la pollution à l’eau douce et les problèmes d’anoxies de l’étang : par grande chaleur l’eau tend à manquer d’oxygène, l’eau douce, turbinnée en quantité immense, se mettant en surface et ne se mélangeant que lentement avec l’eau saumâtre, accentue grandement les phénomènes d’anoxie en plus de perturber le fonctionnement de l’écosystème. Saint-Chamas étant un point d’appoint électrique pour toute la côte d’Azur, tous les climatiseurs de la côte forment un deuxième pic de consommation électrique qui demandent aux centrales de turbiner d’autant plus au période de grosses chaleurs. La nécessité de repenser les climatisations naturelles en ville s’en fait d’autant plus sentir. Nous débouchons de ce petit sentier où l’on ne voyait plus Istres mais seulement l’étang, sur le plateau des Bolles. A nouveau c’est une zone de lotissements pensée par l’EPAREB [1] avec leur savoir-faires particuliers. Des changements de couleurs sur les briquettes du sol racontent beaucoup, invitent aux usages, laissent deviner une référence lointaine à une antiquité grecque. En s’enfonçant dans les lotissements, on observe une voie laissée derrière les maisons dessinées par le front de taille d’une ancienne carrière, ombragée et humides, on s’aventure entre les maisonnettes, qui s’organisent avec des petites placettes avec quelques arbres, ou de simples placettes triangulaires, aberrations économiques, mais tellement importantes en ce qu’elles ouvrent des espaces où l’on n’est pas trop vu, où l’on peut sortir d’un régime de performance et productivité. Ces endroits invitent à rêver à partir de rien.
La démonstration des aménagements nous invitent à penser du rien intelligent, en changeant les couleurs des briquettes au sol ce sont d’autres espaces qui s’ouvrent, sans trottoirs, on ne sait plus quels espaces sont destinés à la voiture et lesquels sont destinés au piéton.ne.s. Les rues ne sont pas droites, les espaces sont appelés à être des espaces qui se négocient, c’est-à-dire des espaces où l’on se rencontrent. La philosophie des aménageurs EPAREB se laisse deviner : comment faire mieux, avec moins.
Dans cette philosophie, trouver des manières justes d’intégrer l’existant à la planification, c’est-à-dire de mettre de reprendre l’existant et ses formes pour en hériter autrement, semble d’une importance capitale : une ancienne ferme traditionnelle a par exemple tellement été fondue dans le paysage des Bolles que personne ne la remarque.
Nous commençons à voir au loin, en contrebas, les Quatres Vents, autre quartier de ces années-là. ZAC, zone d’aménagement concerté, qui mettait déjà à l’époque le « participatif » comme valeur importante de la question de l’habitation. On s’attache d’autant plus à son territoire que l’on a son mot à dire sur son dessin… Le plan d’aménagement prend deux barres d’immeubles des années 50 comme ligne de force et se construit autour parsemé de bout de pinède qui précédait la ZAC : au lieu de faire de la ville et de rajouter de la nature après, ici, on laisse des trames de natures dans la façon de composer la ville.
Mais avant de se lancer plus en avant dans les quatre vents, nous passons par le parc des salles.
Somptueux parc, qui conserve comme axe de composition une ancienne départementale détournée, ici c’est de l’ancien « urbain » qui sert à organiser de la « nature ». C’est là qu’on s’arrête pour manger.
Pont du parc, Bernard Lassus, grille d’abeilles sculptées en fer forgé, inspiration des pratiques des papys dans le nord. Le pont est une fausse rocaille, inventée de toute pièce, dans lequel on aurait creusé le passage pour la route. Mais quand on tape sur la roche, c’est creux, c’est du polyester recouvert de ciment.
On passe sur la rocaille fictive comme si on ne quittait pas le parc. Sous le pont : on voit 4 voies, des immenses ronds points : Istres a été une ville test de la voirie, on y expérimente les rond-points,. on s’est rendus compte qu’ils étaient beaucoup trop grands. Quand Istres est devenue sous-préfecture de la métropole, on a eu de la spéculation immobilière qui attendait 200 000 habitants, or on est resté à 49 mille, les infrastructure sont immenses, la population y est fictive. C’est comme un rêve de ville faite de maisons individuelles avec garage pour un peuple manquant.
Ecole ouverte, la cours de récré est la pinède d’à côté. « La nature, c’est ici ! », nous crie un enfant au milieu d’un stade de foot à qui nous disions la chercher. On marche vite, sentiers pédestres, pédibus, arrière couloir sans véhicules : c’est important pour la façon dont c’est entretenu aussi. Pourtant, on n’y croise personne.
Fossé drainant. Piscines olympiques, plus qu’à Marseille. Paysages composite de la fin, des cinémas, une ancienne patinoire, des salles de spectacles, on entend chanter « joyeux anniversaire » par une fenêtre…
On est en retard on doit arriver pour 17h au centre ville de Istres. On perd un peu le fil… Une immense villa romaine en béton avec colonnades nous surprend sur la droite. La fiction semble prendre le dessus sur la réalité.
[1]Etablissement Public d’Aménagement des Rives de l’Etang de Berre
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