La mauvaise réputation

Une série photographique de Geoffroy Mathieu d’après la Remontée du ruisseau

Lorsqu’immergés au « n-1 de la ville », parcourant un cours d’eau présenté comme un quasi-égout, on se retrouve face à une nature luxuriante et printanière traversée d’une lumière vive et contrastée dans laquelle les signes urbains sont presque absents : le vertige puissant. Comment ce sentiment si intense face à la nature peut-il être éprouvé alors que nos coordonnées GPS nous signale que nous sommes au coeur des quartiers nord de Marseille ?

La mauvaise réputation est le dernier travail du photographe Geoffroy Mathieu. Si au début du XXème, le ruisseau des Aygalades était encore un lieu de villégiature, un siècle d’urbanisation et d’industrialisation ont eu raison de sa continuité, de son débit et de son équilibre écologique à tel point que certains habitants en ont oublié même son existence. Cette mauvaise réputation pourrait aisément servir d’excuse pour ne pas s’occuper de sa renaturation alors même qu’Euromed 2 articule son projet autour de lui. C’est ainsi qu’en 2017, l’expédition La remontée du Ruisseau faite d’artistes, d’habitants, de chercheurs, d’aménageurs ont entrepris une remontée les pieds dans l’eau du ruisseau. Ils ont tous été saisis par les beautés cachées des Aygalades. Au fond du lit de cette rivière abîmée, entre deux segments busés, se déploie un espace de nature luxuriante inondé d’une lumière zénithale dans lequel les couleurs primaires des déchets, des plastiques et des objets hétéroclites, forment avec la végétation des tableaux paradoxaux. Dans les photographies de Geoffroy Mathieu, éclatantes de couleur et d’une composition extrêmement précise, le ruisseau devient ainsi motif de spéculation poétique autour de questions liées à l’écologie, l’aménagement du territoire, et l’espace public.

Une exposition de ces photos est présentée au sein de la Galerie Zoème à l’automne 2020.

La part manquante

©Stéphane Brisset

« En juin 2017, nous avons participé à une exploration les pieds dans l’eau du ruisseau des Aygalades à Marseille. En marchant, les chercheurs de l’IMBE, l’Institut Méditerranéen de Biodiversité et d’Écologie marine et continentale, racontent l’histoire de deux espèces qui vivent en interaction. L’une est présente dans le ruisseau, l’autre est introuvable. Ils racontent ce qui est là et la part manquante du ruisseau. Cette absence témoigne de dysfonctionnements, de rupture et de discontinuités écologiques, laissant ainsi apparaître la véritable nature des lieux. Ce récit, en plein et en creux, nous a semblé d’une grande force poétique. Il témoigne de la dualité du ruisseau, entre poubelle et paradis et nous invite à penser sa possible renaturation, au-delà du reverdissement, en privilégiant son fonctionnement et sa continuité écologique. Nous avons imaginé un récit dessiné tiré de cette narration, qui pourrait prendre la forme d’une édition. »

Le collectif SAFI

Un scénario proposé et dessiné par SAFI, collectif d’artistes-marcheurs-cueilleurs.

Avec la collaboration de l’Institut Méditerranéen de Biodiversité et d’Écologie marine et continentale (IMBE)

La part manquante a donné lieu à une conférence « Voix d’eau » en juin 2018 et les dessins issus de cette recherche sont présents dans la Gazette du ruisseau n°1.

Les cheminées de Collines

Des histoires autour du Ruisseau…

Pendant plusieurs mois des habitants de Marseille et de Septèmes-Les-Vallons sont régulièrement partis explorer une partie du massif de l’Étoile.

A la lisière des deux communes, là où émergent les pentes et où coule le ruisseau Caravelle qui un peu plus loin devient des Aygalades, se côtoient des histoires agricoles et industrielles.

Arpentant ce drôle de paysage à la fois en ruines et en réinvention, ils ont rencontré la longue histoire des pollutions urbaines et les usages pastoraux encore en cours.

Ces récits de promenades plongent dans l’imaginaire de ces lieux emblématiques tant de notre patrimoine industriel que de nos écosystèmes bouleversés.

Le Ruisseau des Aygalades (Caravelle) est un fleuve côtier dégradé dont le bassin versant traverse à partir du massif de l’Etoile (commune de Septêmes les Vallons) les quartiers nord de Marseille et le périmètre Euromediterranée pour se jeter à la mer dans le Grand Port de Marseille. Il est à la fois impacté et porteur des multiples histoires qui racontent le développement urbain et son rapport à l’eau (évolution des usages et des représentations de l’eau et de la rivière, impact de l’industrialisation, histoire des pollutions, gestion des déchets, des débits, etc.).
Après une longue période d’oubli collectif lié à sa disparition physique (busage), à sa dégradation écologique (pollutions multiples), au dérèglement de son débit, une ré-appropriation du ruisseau est en cours. Ce processus a émergé à partir de multiples initiatives et acteurs engageant une découverte de son histoire patrimoniale, de son rôle dans l’écologie urbaine, de ses potentialités tant pour l’amélioration du cadre de vie des humains que pour la biodiversité et l’élaboration de la trame verte et bleue.  L’animation de ce processus collectif et sa structuration narrative augmentent petit à petit ses capacités d’actions sur les représentations, les usages et sur la restauration du fleuve côtier…

Les balades « Les cheminées de Collines » sont construites collectivement avec le soutien de l’AESE, du Bureau des guides du GR2013 et la complicité de Septèmes Mémoire et patrimoine, du CIQ de Saint Antoine, de la chèvrerie communale de Septèmes-les-Vallons et du collectif des Gammares.

La gazette du Ruisseau

Pour prendre des nouvelles du fleuve côtier Caravelle-Aygalades

La gazette du Ruisseau // N°1 Hiver – printemps 2020

La gazette du Ruisseau // N°2 Hiver – printemps 2021

La mise en page de ce journal a été réalisée par Pierre Tandille et l’impression a été réalisée grâce au soutien de la très chouette Imprimerie CCI. Ce journal est soutenu par le projet européen Nature For City Life porté par la Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur.