Dimanche En Durance

Dimanche 16 juin 2019 – Le Puy-Sainte-Reparade

Le Dimanche 16 juin 2019, le Syndicat Mixte d’Aménagement de la Vallée de la Durance (SMAVD) organise pour la première fois « Un Dimanche en Durance », sur le site réhabilité des gravières du Puy-Sainte-Reparade. Le site sera inauguré par Yves Wigt, Président du SMAVD et Maire de Charleval, en compagnie de nombreux élus locaux et régionaux. Pour l’occasion un village éphémère proposera un marché de producteurs locaux, des activités aquatiques et terrestres (Canoé Kayak, Vélos, pêche…), des balades guidées et activités pour les enfants, qui rythmeront la journée et se terminera par un spectacle sur l’eau en début de soirée.

Durant cette journée Le Bureau des guides vous donne rendez-vous :

Balade dessinée

La balade dessinée animée par Benoît Guillaume (Dessinateur de BD) est un atelier ouvert aux débutants (matériel fourni). À partir d’une série d’exercices in situ, les participants observeront différents éléments des milieux traversés (du grand paysage aux détails de matière et de végétaux) et apprendront différentes techniques de représentation.

Balade contée

La balade animée par Clémentine Henriot (Paysagiste et auteur) est un parcours qui propose de (re)découvrir les histoires du site (des temps géologiques, à la canalisation de la rivière) à travers l’observation des traces anciennes et actuelles des multiples  « aménageurs » du site, humain et non-humains. Pour accompagner ces marches, des installations de l’artiste paysagiste David Onatzky seront présentent tout au long du chemin et la caravane du Bureau des guides du GR2013 animée par Loic Magnant récoltera vos plus précieux secrets de Durance.

Dans les pas de Walter Benjamin à Marseille

Cycle de conférences – rencontres – lectures – balades urbaines – projections du 15 septembre au 15 octobre 2018 

Tout commence comme un jeu : je suis habitante de Marseille.
Où, quand, comment, aurais-je bien pu rencontrer Walter Benjamin ici ?
En un mot je lui offre l’hospitalité de ma ville en 2018. Il y prend corps.

Alors, je me mets à décrypter ses biographies, ses lettres et même ses textes vus d’ici, de Marseille, et je le vois émerger au revers de microscopiques détails.

Avec cartes, horoscopes et télescopes ; avec vérifications sur les lieux mêmes ; avec recherches dans les archives ; avec mes pieds, je pense, je raconte jusqu’au cap Pinède et la rue de Lyon. Bref nous co-habitons.
Avec étonnement je vois une réalité enfouie qui s’élève lentement.

De 1924 à 1940, Walter Benjamin, l’homme et l’auteur de « Marseille », y vient une quinzaine de fois. Il vit la ville d’abord comme une destination désirée, puis un « passage », puis une philosophie de la perte. En un mot comme une puissante « image de pensée » qu’il va améliorer en venant, en passant, ou en butant là.

Christine Breton

Mini-conférences de trottoir 

Dimanche 7 octobre à 11h30

Au 152, La Canebière 13001

« Géographies de l’invisible, de Walter Benjamin à Trevor Paglen »

Par Jean Cristofol, philosophe et enseignant à l’Ecole d’art d’Aix en Provence.

Le texte de Walter Benjamin L’Auteur comme Producteur (1934) n’a cessé de faire écho et référence dans le champ artistique. Aujourd’hui, il est encore une force active qui permet de penser les reconfigurations des pratiques qui, entre art, science et activisme, renouvellent les formes d’expérimentation et d’intervention dans le champ social.

« Denture jaune de loup de mer la gueule ouverte… »

Par Anna Guilló, artiste et enseignante à l’Université d’Aix-Marseille.

Benjamin développe la notion, complexe, de tendance, la tendance d’une œuvre ne pouvant être politiquement juste que si elle est littérairement juste. La question est de savoir comment faire coïncider engagement et qualité en insistant notamment sur la technique de l’auteur. C’est Walter Benjamin écrivain qui sera convoqué dans cette lecture-performance à partir de son texte intitulé Marseille qu’il s’agit de proposer à la rue, comme pour mieux éprouver et mettre en pratique les théories de son auteur.

Une proposition du Bureau des guides du GR2013 et d’Hôtel du Nord

Balades urbaines

Samedi 15 septembre, dimanche 16, de 10h à 12h Samedi 29 septembre, de 10h à 12 h et dimanche 7 octobre, de 9h à 11h

Départ au 152 la Canebière / Arrivée au musée d’histoire de Marseille

Dans les pas de Walter Benjamin à Marseille

Conduites par Sabine Günther, auteur de Sous l’emprise de la ville. Walter Benjamin à Marseille, Éditions Nord-Sud-Passage

Dimanche 30 septembre

Départ au 152 la Canebière / Arrivée au musée d’histoire de Marseille

De 10h à 12h : Suivre Walter Benjamin.

Par Christine Breton et les habitants de l’association Les Labourdettes. De la vitrine sur la Canebière aux tours Labourdette, pour suivre les arpentages inquiets de Walter Benjamin, en passant par le café Riche et l’Hôtel du commerce et des négociants.

De 14h à 16h30 : Que de la bouche.

Par Nicolas Memain, urbaniste rigolo : une performance d’équilibriste explorant l’émotion ressentie par les gens du Nord qui découvrent le physique des Marseillais, en direct dans l’animation de nos rues et places. Un groupe à la posture glissante sur le Quai des Belges et le bas de la Canebière,faisant semblant de ne pas regarder nos visages et nos postures, se cachant derrière le prétexte de l’évocations de ceux qui ont décrit notre petit peuple.

Samedi 13 octobre, de 9h30 à 12h30

Départ Métro Bougainville

La ville-port, remontée de la rue de Lyon avec Walter Benjamin

Remontée de la rue de Lyon avec Jean Cristofol, Christine Breton et Julie De Muer, séquencée par des interventions dans trois bars de la rue de Lyon – aux Crottes, à Saint-Louis, à La Viste-  qui accrocheront les possibles rencontres imaginées entre Benjamin et Emile Zoccola, Hanna Arendt et Siegfried Kracauer. Un récit, une balade, de drôles d’installations d’un instant, des arrêts éblouis devant des paysages, des questions, des discussions entre réalités d’hier et fictions d’aujourd’hui.

En partenariat avec le musée d’Histoire de Marseille,  coordinateur du programme-événement « Walter Benjamin à Marseille » .

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Collectif SAFI

Pouvez-vous qualifier en quelques mots votre rapport à la ville ?

Dalila Alors moi ce que je préfère dans la ville, c’est que c’est un espace d’interaction. Tu as tous les flux – les flux humains, mais aussi les flux végétaux, animaux – qui sont très contraints mais qui existent. Nous, les humains, nous prenons beaucoup de place et donc ça oblige à réfléchir à « comment faire plus de place ». Quand je suis dans la « nature », je ne me dis pas « il faut plus de place pour les animaux ». La ville est rude, très rude pour tout le monde. Comme c’est un espace d’interaction, ça nous oblige à réfléchir avec plusieurs prismes, et ça c’est hyper stimulant. La capacité des insectes, des végétaux, à franchir ces espaces rudes font qu’en milieu urbain tu peux tout regarder comme un évènement. Tout devient un événement majeur, parce que punaise, il faut y arriver !

Stéphane Quand tu vois un papillon en ville, c’est incroyable quoi !

D Oui ! Tu te dis : « Oh ben dis donc ! Qu’est-ce tu fais là ? » Mais finalement, je pense ça aussi parfois pour les petits enfants. Quand je vois des enfants dans une poussette, je me dis aussi: « Tu y es arrivé quand même ! » C’est des endroits qui sont très contraints mais qui rendent ces présences possibles merveilleuses.

S Des fois, on suit le soleil. On déambule, on cherche plein de choses qu’on ne s’attend pas à voir.

D C’est ça, on cherche le sauvage, c’est ça qui nous interpelle. Nous avons en ville une pratique où ce qui nous intéresse n’est pas tant les commodités qu’offrent la ville, mais plutôt ses interstices. Ce sont les failles de la ville, ce sont les trous dans lesquels on peut tomber, ce sont les fissures dans lesquelles on peut se fondre, c’est tout ce qui craque, tout ce qui est bancal et qui offre des opportunités à quelque chose, à un évènement. On cherche l’inattendu. Un jour Nicolas disait dans une balade face à un lotissement, « les choses là sont alignées, alignées, alignées, comme des pistons dans un moteur ». Nous, on a la sensation que la ville a des envies d’alignements, d’alignements, d’alignements, et dès qu’il y a des ruptures, c’est comme des brèches dans lesquelles tu as envie de t’engouffrer. Il y a toujours une aventure incroyable dans ces brèches. Mais la faille est mineure, il faut jouer des coudes pour réussir à se couler dedans. Il faut une disponibilité d’esprit pour être impacté en ville, et du coup ça en devient un vrai terrain de jeu et d’imagination.

Comment préparez-vous vos balades ?

D’abord, il y a le repérage, aller sur place, que ce soit dans une pièce ou dans une ville. Nous essayons de ressentir, d’humer un peu.

La première étape c’est le contexte, ce dans quoi on s’insère. Qu’est-ce qui soutient la balade ? C’est quoi l’architecture profonde de ces lieux, ce sur quoi on s’appuie ? On s’interroge sur ce qui tend le territoire, ce qui l’ossature, les endroits qu’on va traverser, quels en sont les grands axes qui font émerger une architecture de territoire? Ces grands axes peuvent être des projets mais ça peut être aussi des dynamiques habitantes. Ça peut aussi être un objet du paysage comme une rivière, comme un alignement d’arbres, comme un élément qui pourrait faire patrimoine. Et ça, ça va fabriquer une ossature sur laquelle nous allons appuyer la balade. La balade est un habillage de cette ossature, où on va venir essayer de donner corps, sens, visibilité aux interactions entre ces dynamiques territoriales et des petites choses telles que le très bel arbre qu’on croise sur le chemin.

Sainte-Marthe, par exemple. Ce qui nous intéresse là-bas, c’est ce qui est en train d’advenir de ce territoire. Et pour regarder ce qu’il advient, il faut regarder ce qu’il y avait avant, à quoi il a échappé, comment il en est arrivé là. C’est là-dessus qu’on articule notre balade. Aux Aygalades, là très clairement il y a une dynamique de territoire. On essaie alors de l’amplifier, mais on s’adosse à quelque chose d’existant. Je crois que 95% de nos balades s’articulent comme ça. Parce que ce qui nous intéresse, plus que la question de tel individu de telle espèce ou telle autre espèce, c’est la dynamique du paysage, les interactions, ce qui fait que cet arbre-là peut être là, que cette plante-là peut être là, et tout ce qui les soutient ou ce qui les menace. « Dans quoi ça s’insère », pour nous c’est la clé du mouvement.

S Une fois qu’on a rencontré les gens, les dynamiques, les mouvements, il faut absolument que nous allions nous-mêmes sur le territoire pour marcher, ressentir, comprendre, trouver des petits passages, voir ce qu’il y a. Alors nous pouvons broder notre histoire et notre narration, avec les éléments qu’on peut trouver sur l’itinéraire, sur les lieux où l’on se trouve.

D Ça c’est la deuxième couche, que j’appellerais le manteau, c’est la couche un peu sensible qui questionne comment on va essayer d’habiter cette dynamique. On va essayer de trouver l’espace dans lequel on peut marcher, dans lequel on peut habiter, même si ce n’est pas longtemps. Des fois, on fait des repérages à n’en plus finir… Ça s’appuie aussi sur de l’instinct, notamment celui de Stéphane, qui a tendance à beaucoup ramasser des choses. Moi ça nourrit beaucoup mon imaginaire. Lui il récolte et moi ça nourrit mon envie d’en faire une histoire, souvent, ça s’articule comme ça.

S Le glanage c’est important dans nos repérages, le fait de récolter, d’accumuler des éléments qui parlent du paysage. C’est aussi un moyen mnémotechnique, et un ressort pour raconter.

D Et un ressort à l’émerveillement. C’est ce qui nous fait avancer, ce qui nous donne du sens. S’émerveiller de ce qui est là et le partager. Être enthousiastes ensemble avec des gens. Être en empathie avec les espèces qui sont là. Et le faire à plusieurs, en groupe, il y a tout à coup une espèce de puissance à être au monde. J’ai alors l’impression qu’on partage un possible. On s’émerveille de la capacité à faire, à contourner, à inventer.

D Et il y a une troisième couche pour partager, dans notre manière de concevoir une balade. Ça c’est le rôle des outils que nous construisons. Nous avons souvent besoin de faire appel à un artifice, à quelque chose qui va transformer, qui va faire que tu peux, au cours de cette marche, te délester de tes yeux de d’habitude, de ta main de d’habitude, de ton goût de d’habitude, que tout à coup tu peux le réinterroger, t’en servir autrement. Les objets qu’on construit ont cette fonction-là, de fabriquer quelque chose qui nous rend pas forcément plus mais autrement disponibles. Si on est disponible, on est très bien outillé : On voit très bien, on entend très bien, on a des organes sensibles fantastiques, on arrive à faire du silence et à réécouter… Alors les outils que nous fabriquons, plus que pour amplifier ceux que nous avons déjà, ils sont là pour décaler quelque chose, pour que chacun puisse se réapproprier ses propres outils. En général nous fabriquons des formes d’extensions, qui vont rendre le geste plus long. Quand je pense aux pinces de ramassage par exemple, c’est beaucoup plus compliqué avec nos pinces de Caprisun d’attraper un déchet, par contre le geste devient plus précis, plus ténu, tu y mets de l’intention, tu te sers de ta main pleinement, tu essaies de regarder où sont les prises dans l’objet. Cet usage te fait rentrer dans un petit chemin étroit, comme ça, sur lequel ton corps va se renforcer, pour mieux se servir de tes sens. J’ai l’impression que beaucoup de nos outils sont comme ça. Et puis il y a les outils pour la pratique de la cueillette.

S Oui, là il s’agit plutôt de proposer une attitude plus sensible au fruit, à ce qui se mange, pas en les arrachant, mais en étant précautionneux, en étant attentifs. Nous avons conçu une claie pour ranger les herbes bien alignées, au frais, avec un petit torchon. On a des petites gaffes pour prendre la branche délicatement, ou le fruit. Nous voulons proposer une façon douce de pratiquer le paysage.

D La cueillette pour moi, c’est la rencontre. C’est un espace d’interaction entre nous humains et les végétaux, les animaux. Quand on cueille, les animaux s’en mêlent beaucoup aussi. Tu as beaucoup d’insectes sur les fleurs. Tu penses toujours aux animaux qui vont venir derrière toi. « Est-ce que le renard va adorer les prunes qui sont tombées au sol ? » ; « Est- ce que le papillon pacha va être ivre en mangeant ces prunes fermentées ? ».
Les outils que nous partageons servent à partager avec toute l’attention qui est nécessaire cette chose merveilleuse que l’on traverse. Si tu n’es pas préparé à bien le faire, tu peux cueillir comme une prédation. Être précis, cueillir que ce dont tu as besoin, pas sur la branche la plus proche mais sur celle-ci, un peu haute. Cueillir ainsi va demander une gymnastique, une approche, une élongation qui va rendre la relation moins dans la prédation, plus dans la rencontre.

S Nous les adaptons nos outils après chaque balade. Souvent c’est presque de l’ethnobotanique, on s’inspire d’outils anciens qu’on remet au goût du jour, ou des vieux papis parce qu’ils ont la pratique, le savoir- faire, donc on va pas tout réinventer…

Comment appréhendez- vous un trajet ?

S Le parcours c’est important.

D Oui, c’est très important ce que tu vas ressentir, par la marche, la marche elle-même. Le chemin lui-même est autant narratif que nous, il dit du monde autant que tous les discours que tu pourras poser dessus. Ce que tu veux raconter, si tu as bien fait ton chemin, il est dit par le chemin. Par exemple, si ton parcours entre dans une forme de tunnel, tu vas rapetisser les gens en les faisant rentrer dans un espace un peu plus fermé, sous un couvercle. Et puis à un moment tu vas sortir de ça, tu vas te redéployer et t’ouvrir à nouveau. Cette expérience de rapport au monde, glisser dans la matière et en ressortir, c’est déjà hyper narratif.

Dans les trajets, c’est important d’avoir du dénivelé, d’avoir des ouvertures. Entre le chemin qui filerait tout droit et celui qui te fait tourner, grimper, passer par-dessus, ce n’est pas simplement que les points de vue seront plus beaux, ou que la narration sera plus intéressante. C’est aussi ce que tu vas vivre toi en tant que marcheur, en mettant ta jambe un coup en haut, un coup en bas, en te baissant, en te relevant, en étant beaucoup plus chorégraphique dans la marche, qui va te dire beaucoup du monde.

S Un bon trajet, ça permet aussi de préciser la narration. Le chemin permet de faire une introduction et amorce les chapitres d’une histoire.

D Un bon trajet, c’est quand tu arrives à percevoir la dynamique du territoire, quand tu arrives à y rencontrer des individus, toutes espèces confondues, quand tu arrives à ressentir le mouvement dans ton corps aussi, quand tu arrives à ce que la marche ne te fasse pas mal mais te dérouille. Comme diraient les excursionnistes, « agréable au pied, agréable à l’œil ».

S Et adapté à la saison, tu ne peux pas faire 10 km au soleil en plein été. Et aussi, un bon pique-nique. Et un petit café… Oui, il faut que tout soit agréable ! Agréable à tous les organes ! Le moment du pique-nique, c’est important. C’est là où tu recharges les batteries, où tu te poses, où tu discutes avec les gens, et après tu repars, c’est intense comme moment, la pause.

Qu’est-ce que ça apporte de marcher en groupe ?

S Quand on marche tout seul on s’émerveille de choses, et on a alors envie de les partager, de ne pas les garder que pour nous. C’est là que l’envie de marcher en collectif commence. Mais c’est aussi apprendre des autres, ce n’est pas que nous la connaissance, beaucoup de gens connaissent des choses et ça enrichit le propos.

D Puis ça ne te met pas dans la même posture. Ça nous oblige à aller chercher du merveilleux. Quand tu prépares une balade, tu cherches quand même à offrir un cadeau. Tu cherches à être généreux, pour prendre du plaisir ensemble. Et l’esprit du commun, il est hyper important dans une balade. C’est fabriquer une petite communauté pour quelques heures.

Quel est selon vous le principal / plus efficace argument pour réintroduire la nature en ville ?

D Je suis mal à l’aise avec l’idée de préserver, ou de réintroduire de force la nature en ville. J’ai beaucoup plus envie de vivre avec, d’apprendre à partager l’espace. Je pense que notre travail dans le projet Nature For City Life, c’est avant tout de faire comprendre que d’abord il y a de l’écologie, qu’il n’y a pas des espèces à défendre ou des invasives, mais des cycles, des terres vivantes, des terres auxquelles on fait des choses et que ces choses vont favoriser ceci ou défavoriser cela.

En tant qu’humain, on a un impact sur un système, nos actes ont des conséquences. Nous cherchons à comprendre la façon dont on s’inclut dans une série d’événements qui ont de l’influence sur les milieux de vie des autres. C’est important de reconnaître notre pouvoir d’agir, notre capacité, notre force d’intervention qui est immense sur d’autres espèces. L’idée « d’amener-des-abeilles-en-ville », ce n’est pas une très bonne idée pour sauver les abeilles. Ce genre d’idées, ça arrive très souvent dans les milieux urbains, parce qu’on a tendance à prendre des emblèmes et à moins s’intéresser à l’écosystème auquel ils appartiennent. Pour nous, c’est important que l’on ne considère jamais qu’un élément est là tout seul. Les arbres qu’on peut voir en ville, c’est tout un écosystème qu’ils peuvent apporter. Ce sont les interactions qu’ils permettent qu’on doit prendre en compte : les oiseaux qui y vont, les insectes qui y vivent, les systèmes racinaires qu’ils déploient, les champignons, les plantes épiphytes qui vont se loger dans les cavités, les oiseaux nicheurs, qui vont pouvoir aussi profiter des cavités. Les arbres en ville ne peuvent pas être simplement considérés comme des individus, mais aussi comme partie d’un monde de relations. Finalement, dans Nature For City Life, notre mission c’est de dérouler la question de l’écosystème, c’est de mettre en relation les choses, de repenser la ville comme étant au cœur du monde. C’est de permettre de comprendre deux points très éloignés, de faire des ponts entre le ruisseau des Aygalades et les Calanques par exemple. L’argument le plus efficace, c’est de faire des liens entre les éléments pour comprendre en quoi ils participent d’une dynamique commune.

En quoi votre travail de guide peut-il avoir un impact sur les modes d’engagements vis-à-vis de la ville ?

D Aller voir, c’est déjà s’impliquer un peu. Cette simplicité d’engagement, qui est celui d’être là, d’être venu, de participer, de partager, c’est déjà beaucoup ! Ça permet de rendre tangibles des choses, c’est une mise en mouvement. Comme dit le prof d’Aïkido de Stéphane : «Le mouvement c’est la vie. »

S  Quand tu as mal quelque part, tu bouges ! Et tu n’as plus mal.
C’est maître Shiba qui dit ça.

D Et puis, quand on se promène avec des décideurs, quels qu’ils soient, on se rend compte que les décisions souvent sont prises de loin. Ces balades publiques, par l’enthousiasme mais aussi la publicité qu’elles rencontrent, font que les décideurs se sentent plus en capacité de venir sur le terrain.
Du coup, ça ouvre la possibilité que les décisions puissent se prendre aussi à une échelle qui est celle de notre corps dans l’espace. Il y a ce personnage de De Vinci, l’homme de Vitruve, qui est je pense une échelle nécessaire pour fabriquer une vie d’humain. Ça t’empêche d’être trop grandiloquent. Je pense que le monde serait tout à fait différent si on le pensait à partir de l’arpentage.

Je sais que nous devons vivre à beaucoup, et que nous n’aurons jamais les mêmes avis, opinions. L’enjeu ce n’est pas de faire un grand consensus de tout le monde, mais au moins d’aller à la rencontre.

S Quand tu es dans la même marche, dans le même ressenti de la chaleur, des odeurs, comme tu partages quelque chose en commun, c’est peut-être plus facile d’échanger.

D On n’aspire pas à un monde où tout le monde vivrait pareil mais on pense qu’on peut partager de la joie. La joie c’est ce qui nous lie, on n’a rien de plus puissant à échanger.

Votre propre vision de la nature en ville a-t-elle évolué depuis le début de ce cycle de balades Nature For City Life ?

D Il y a eu les balades puis il y aussi eu le COVID, qui nous a fait avoir du temps pour être encore plus curieux. Pas simplement « Ah ! J’ai entendu une fauvette », mais : « Si tu veux entendre une fauvette à tête noire, tu vas aux Réformés, tu te places exactement là, et tu peux entendre une fauvette à tête noire. » Il y a aussi la question du réchauffement climatique, qu’on aborde donc comme thème sur cinq ans. Ça nous oblige à regarder la question de la nature depuis ses changements.

Et dans ce qu’on fait en général, il y a quelque chose de l’ordre de la clé de compréhension qui permet je pense d’appréhender le changement comme un mouvement que tu dois accompagner, comme une prise d’aïkido. Comprendre quelle est la dynamique du réchauffement climatique permet de ne pas subir de plein fouet, mais d’accompagner ce mouvement et de pouvoir t’y adapter. Et même pourquoi pas d’utiliser sa force, utiliser la force de l’adversaire.

Le cycle de balades, le fait qu’elles s’insèrent dans la question du réchauffement climatique sur un temps long, permet de penser la question d’une évolution. On n’est pas juste dans la connaissance d’un monde figé, on est dans la connaissance d’un monde en mouvement.

On se rend bien compte que l’enjeu ce n’est pas de convaincre. Tout ça va se transformer, va se réadapter. Mais nous participons à faire circuler des informations. Il y a des bouts qui seront pris, d’autres non. L’enjeu, c’est aussi de permettre à certaines choses de perdurer, de rester disponibles pour les générations à venir. Par exemple, il y a des gestes de cueillettes, dans des périodes comme maintenant, qui disparaissent un peu. Il faut que ces gestes continuent pour que d’autres puissent s’en emparer plus puissamment, sans qu’il n’y ait eu rupture de savoir- faire. Si je pense à la canne de Provence, tout le monde n’a plus qu’une seule envie, c’est de s’en débarrasser, la couper, la brûler. Alors que ça a fait vivre tout le pays pendant je ne sais pas combien d’années. C’est quoi cette espèce qui est devenue un problème alors qu’elle était considérée comme une ressource ? Tu trouves dans plein d’écomusées des paniers en canne, pour ramasser les cerises ou les figues. Ça pourrait faire des emballages très écologiques. Ce n’est pas possible que cette plante ne devienne qu’un problème alors que c’est aussi une vraie ressource.

Cette interview de SAFI est tirée des cahiers DEHORSCes cahiers ont été réalisés d’après des balades Nature for City Life effectuées entre juin 2018 et août 2020.

GRANDEUR NATURE

Une expérience intime au cœur du Parc de La Barasse

Déambulation audioguidée et performée d’Anne-Sophie Turion avec la participation d’habitant.e.s de la Barasse

La Barasse : ses sentiers boisés sur fond de pancartes Ikéa, son crassier de boues rouges toxiques, ses maisons ouvrières, sa tranquillité de village hors-temps, ses amoureux du 22 Long Rifle, ses groupes de Taï chi, ses meutes de sangliers qui dévalent le soir venu, ses guinguettes, sa cascade en marc de café et ses champions de boxe.

Entre déambulation audioguidée et performance, GRANDEUR NATURE propose une expérience radicalement intime du territoire. Équipé de casques audio, le public plonge dans les vies des habitant·e·s croisé·e·s sur le chemin. Tandis que le paysage défile en travelling, Anne-Sophie Turion devient la voix off d’un film qui s’orchestre en direct : figurant·e·s complices, les habitant·e·s apparaissent et disparaissent au gré de la marche, se laissant sciemment « épier » dans leurs activités routinières tandis qu’elle dévoile en off des bribes de leurs histoires. La mise en scène se glisse si bien dans le réel qu’elle pourrait passer inaperçue : territoireś intimes et territoire communs se rejoignent pour nous faire basculer dans une « réalité augmentée » troublante, à la fois théâtrale et totalement quotidienne. Entre pudeur et dévoilement, la mise en récit des mondes intimes des habitant·e·s provoque une lecture inattendue du paysage ; c’est à travers leur vécu, leurs habitudes, leurs anecdotes personnelles que se découvre l’histoire sociale et urbaine du territoire.

Conception, mise en scène, texte : Anne-Sophie Turion
Performance : Anne-Sophie Turion (narration live), avec la participation d’une dizaine d’habitant·e·s du quartier de la Barasse
Regard extérieur : Loreto Martinez-TroncosoPrésenté dans le cadre du Festival Parallèle.

GRANDEUR NATURE est une production du Bureau des guides du GR2013 en coproduction avec le projet Roots to Routes (biennale Manifesta 13 // Les Parallèles du Sud // Région Sud) et le Département des Bouches du Rhône dans le cadre du projet des Hospitalités du GR2013. Observatoires, tables d’orientations, haltes pour randonneurs… Les Hospitalités du GR2013 sont une série d’interventions construites qui s’imaginent comme des balises poétiques à proximité du chemin ou comme des invitations à habiter les lieux.

Istres les doigts verts

On se retrouve dimanche matin vers 9h45 à l’Office du tourisme de Istres. Nicolas Memain attend, cache sa veste de cantonnier dans un café avec les habitués et sort à l’heure précise.

La marche violette contre les féminicides marque une journée où les piéton.ne.s sont autorisé.e.s à ralentir les voitures, à la main des fleurs blanches offertes par les fleuristes de Istres. Ici la nature par les fleurs représente des vies de femmes arrachées par le sexisme.

Nicolas Memain prévient : nous serons attentif.ve.s dans cette marche à la référence. Subtiles ou grossières, inavouées ou extravagantes, les références façonnent l’urbanisme et l’architecture. « C’est tout ce qu’il nous reste, postmodernes que nous sommes ». Entre évocation ou invocation, savoir-faire qui laisse place à l’existant, ou symbolisme demandant à la ville de prendre la forme de ce qu’on imagine d’elle, une fiction californienne adolescente des années 90.

Istres, dans son nom même est une de ces références aux non-humains qui composent la ville et que l’on oublie trop souvent. Istres, première fois nommée dans une charte de Conrad le Pacifique, viendrait de la même racine qui a donné « huîtres ». La ville fait référence aux producteurs de calcaire qui en compose son sol. Illustration : le calcaire dans lequel est faite la porte d’Arles, l’arc de triomphe au coin de l’allée Jean Jaurès, juste à côté de l’office du tourisme, laisse affleurer quelques coquillages nous rappelant que le minéral lui-même ne serait sans l’organique, la pierre est faite de milliards et milliards de coquillages et autres organismes marins concassés, dont les huîtres, qui apparaissent de ci de là sur les parois rocheuses.

L’arc de triomphe se situe à l’entrée du vieil Istres à la forme d’une olivette.

La ville, nous explique-t-on, est fait de nombreuses collines et de fond de vallées. La tache urbaine est carrée, coincée entre l’étang et la base aérienne 125.

La Zone Industriao-Portuaire de Fos est décidée en 1964. en 68 il est décidé de ne pas faire une grosse ville nouvelle, mais d’étendre les villages existants de Istres et Fos. En 1972 est crée l’EPAREB qui pilotera au nom de l’Etat cette croissance. Dès le début, une pensée écologique de prévention des risques et de respect de l’existant sera intégrée aux projets de ZACS.

C’est donc une ville nouvelle que nous allons traverser. Beaucoup des intelligences de la nature en ville que nous remarquerons sera l’héritage du travail du paysagiste de l’EPAREB[1] : Georges Demouchy. il s’agissait déjà pour EPAREB d’accompagner, plutôt que de remodeler, un terrain d’expérimentation qu’il est bon de fréquenter pour penser nos aménagements d’aujourd’hui.

Mais avant d’y aller, un petit tour par la ville ancienne s’impose, car les savoir-faires avec la nature ne date pas d’hier. L’allée Jean Jaurès est un Cours, forme urbaine typique en Provence, référence au Corso italien, une mode qui arrive au 17e siècle. Deux allées de platanes à feuilles caduques : ombrages en été, ouverture sur le soleil en hiver. Expression de l’intelligence des feuilles de ces arbres qui mériteraient certainement mieux que les pas d’arbres qui leurs sont aujourd’hui imposés. Le Cours est tordu : marque de l’ancienne enceinte de la vieille ville.

Piétonnisée, des parcelles démolies accueillent quelques arbres formant placette, dont des melia beaux toutes les saisons et des micocouliers résistant aux maladies. On arrive ensuite à la fontaine moussue, ou rocaille moussue au fond du boulevard Paul Painlevé, qui imite la formation naturelle de végétation dans les grottes. Cette drôle de protubérance moussue qui ruisselle de manière discontinue a une fonction rafraichissante, douce humidité pour les canicules, dont le bruit des gouttes d’eau trompe notre cerveau et lui donne des impressions de fraicheurs de fond de vallée. Certain.e.s recherche que Nicolas l’ont conduit a soupçonné que le centre de bourse de Marseille avait été pendant un moment pensé comme une rocaille moussue, donnant une toute autre image de ce que Belsunce aurait pu être. Le réseau d’arrosage serait, dit Nicolas, tombé en panne.

Passant devant des cyprès florentins et des oliviers en pots, l’occasion se présente de discuter de la différence entre deux types de plantes, qui catégorisées par la façon dont on les utilise dans nos histoires humaines de paysagisme : les plantes culturelles et les plantes écologiques. Certaines plantes sont utilisées pour des raisons plus « écologiques », elles sont soit déjà présentes, et on fait avec, soit sont introduites pour des fonctions de climatisation, de maintien du sol, comme habitat ou autre, de manière à s’accorder au mieux à l’écologie d’un lieu. D’autres sont convoquée pour une cohabitation qui n’a de raisons que culturelles.

Par exemple, les cyprès florentins, les lauriers roses et les oliviers se retrouvent souvent affublés d’une mission de représentation de l’identité provençale, qu’il faille pour ce faire le mettre en pot pour que cela soit viable ne pourra pas les détourner de leur fonction : nous nous dirons face à ces plantes qu’ici nous sommes bien en Provence.

Nous quittons le centre ville passant, direction la Romaniquette, en passant par dessus une branche du système Crappone. Le système Crappone est un système d’irrigation qui s’étend de Salon-en-Provence, Lamanon, jusqu’à Arles et irrigue toute la plaine de la Crau, qui demande un grand apport en eau pour la production du celèbre foin de la Crau, unique denrée non-alimentaire protégée par une appellation d’origine controlée, la culture de foin se fait en champs inondés. Certain.e.s se mettent à rêver du reflet du ciel dans l’eau. L’eau fait elle aussi des références au ciel ?

Une deuxième branche de canal, cette fois-ci abandonnée nous raconte une autre histoire : celle de la déprise agricole, ce canal en effet est plus en hauteur, et les hauteurs, zones les moins fertiles, sont les premières zones délaissées quand les activités agricoles diminuent. Ici le rapport de référence s’inverse : c’est la spécificité des vivants qui repeuplent une branche de canal abandonné qui racontent l’histoire des mutations sociétales humaines.

Deux essences d’arbres attirent notre attention : ils rejouent une nouvelle fois la question de la référence, sur un mode encore nouveau. Il s’agit du Catalpa et du Melia Azedarach, il s’agit de deux arbres installés ici dans ce quartier récent qu’est la Romaniquette, ce sont deux arbres très graphiques, que les paysagistes et architectes doivent souvent dessinés dans leurs études. Il paraîtrait même que le catalpa de la cour des Beaux-Art de Paris aurait rendu tous les étudiants passant par là sensibles à ses formes : on plante ce qu’on connaît. Que l’histoire soit vraie, peu importe. Ces deux arbres sont arrivés ici pour des qualités ni écologiques ni culturelles, mais plutôt pour leur qualité graphique et pédagogique, qui leur a valu d’être dans les esprits des aménageurs. Les manières dont les non-humains font intrusion dans les histoires humaines se multiplient au fil de la balade.

La réalité tremble et Nicolas nous fait perdre nos repères urbanisés, empruntant presqu’exclusivement des chemins d’écoliers, ces chemins qui passent à l’arrière des maisons, dans des interstices aménagés pour que les enfants puissent aller à l’école à pied en toute sécurité. Par ces sentes vertes internes, qui sont soit des passages au dessus d’anciens canaux, ou de canaux toujours en activité, voir même des espaces entre les maisons et d’anciens fronts de tailles de carrière, la part faite à la nature est belle : les enfants, mais aussi les insectes, les plantes, de petits animaux, et des imaginaires loin du tout-au-béton et du tout à la voiture peuvent toujours se frayer un chemin. On voit très peu le goudron et les voitures, la ville nous offre un tapis paradis.

On arrive au Parc de la Conque. Nous entrons depuis une sente pédestre du côté du chemin du cros de la carrière. C’est un petit parc qui représente bien la façon de penser de Demouchy, sa manière de se jouer des références à l’histoire du paysagisme et de laisser l’existant nous offrir des manières de réinventer cet héritage. .Il reprend des lignes de forces qui existent déjà dans le paysages : un front de taille, un bout d’aqueduc, il les intègre pour dessiner un petit jardinet de cloître rêvé , tradition paysagiste et lignes de forces préexistantes : les grandes références se mêlent au quotidien. Une petite gloriette en béton et en inox fait elle aussi référence à d’autres jardins, les grands jardins aristocratiques, mais ses matériaux se font beaucoup plus discret pour raconter cette grande histoire.

Les références s’enchevêtrent : la plupart des maisons qui nous entourent sont des maisons en bois, recouvertes d’un enduit imitation pierre, les tuiles sont en ciment, mais imitent l’argile.

Le paysage devient une fiction, mais une fiction subtile par laquelle on se laisse prendre.

On se rapproche du front de taille qui constitue l’une des bordures du parc : elle nous rappelle ce qui constitue Istres, les coquilles d’huîtres en quantité se laissent voir dans les calcaires : de la nature ou du paysagiste, on ne sait plus qui invente les plus improbables fictions…

Nous remontons vers le parc de la Romaniquette en empruntant d’autres sentiers pédestres, en y croisant quelques atriplex, ou pourpiers de mer. Ces plantes sont les stars du réchauffement climatique. Peu demandeuses, elles poussent sur des sols très pauvres et contribueraient à reconstituer les sols tout en offrant de l’ombrage et de la protection contre le vent à d’autres essences, habitats pour d’autres règnes.

Ces plantes sont comestibles, légèrement salées, ce goût dit à nos papille la présence non lointaine du sel.

Et c’est bien là que pour la première fois du chemin notre vue s’ouvre sur l’étang de Berre, juste après avoir croisé les traces rouges et jaunes du GR2013. C’est une autre petite gloriette qui nous attire et nous surprend avec sa vue sur l’étang de Berre, nous permettant de comprendre le rapport particulier que la ville entretien avec l’étang : on ne le voit presque pas : Istres est sur un plateau qui commence en falaise au bord de l’étang avec une douce pente jusqu’à la plaine de la Crau.

Nous arrivons près de l’école primaire Jacqueline Auriol, par d’autres sentiers pédestres, le chemin du bois joli, pour constater d’autres pratiques du paysagisme, confrontés à un micro paysage plus récent, assez typique de ce que l’on pourrait qualifier de paysagisme comptable : devant l’école, pour protéger les enfants des voitures est installé un par-terre, une plate-bande sur un sol stérile et blanc (ici des coquillages, mais qui sont là comme référence au vide), avec des points « devis », probablement dessiné à l’ordinateur avec sur le plan, des points qui réfèrent directement au devis de la plante à installer.

Plutôt que d’intégrer des lignes de force et de laisser la place au vivant, le paysagisme pense par une fonction préalablement décidée : il faut que les enfants restent éloignés de la route, déviation artificielle des enfants, plutôt que ralentissement des véhicules motorisés.

C’est un décor de centre de rond point hors du centre du rond point.

Nous nous échappons par le chemin de la Tortosa, qui nous fait longer une nouvelle fois l’étang de Berre, sous les structures, le calcaire tendre est soufflé par le vent, ne reste que le calcaire plus compact qui forme ces étonnantes architectures minérales. Une souche de bois mort montre un autre changement de mentalité dans la gestion des parcs : laisser le bois mort permet une meilleure régénérescence des sols. Là où nous avions tendance à tout « nettoyer », nous apprenons aujourd’hui à accompagner la façon dont la nature se recycle elle-même : les champignons pyrophiles décomposent le bois brulé, et en fait de la matière organique pour nourrir l’écosystème.

La vue que nous avons sur l’étang de Berre nous offre une occasion de penser à lui et d’échanger ce que nous en savons, la vue sur la centrale hydro-électrique de Saint-Chamas, « embouchure artificielle de la Durance », nous invite à raconter la pollution à l’eau douce et les problèmes d’anoxies de l’étang : par grande chaleur l’eau tend à manquer d’oxygène, l’eau douce, turbinnée en quantité immense, se mettant en surface et ne se mélangeant que lentement avec l’eau saumâtre, accentue grandement les phénomènes d’anoxie en plus de perturber le fonctionnement de l’écosystème. Saint-Chamas étant un point d’appoint électrique pour toute la côte d’Azur, tous les climatiseurs de la côte forment un deuxième pic de consommation électrique qui demandent aux centrales de turbiner d’autant plus au période de grosses chaleurs. La nécessité de repenser les climatisations naturelles en ville s’en fait d’autant plus sentir. Nous débouchons de ce petit sentier où l’on ne voyait plus Istres mais seulement l’étang, sur le plateau des Bolles. A nouveau c’est une zone de lotissements pensée par l’EPAREB [1] avec leur savoir-faires particuliers. Des changements de couleurs sur les briquettes du sol racontent beaucoup, invitent aux usages, laissent deviner une référence lointaine à une antiquité grecque. En s’enfonçant dans les lotissements, on observe une voie laissée derrière les maisons dessinées par le front de taille d’une ancienne carrière, ombragée et humides, on s’aventure entre les maisonnettes, qui s’organisent avec des petites placettes avec quelques arbres, ou de simples placettes triangulaires, aberrations économiques, mais tellement importantes en ce qu’elles ouvrent des espaces où l’on n’est pas trop vu, où l’on peut sortir d’un régime de performance et productivité. Ces endroits invitent à rêver à partir de rien.

La démonstration des aménagements nous invitent à penser du rien intelligent, en changeant les couleurs des briquettes au sol ce sont d’autres espaces qui s’ouvrent, sans trottoirs, on ne sait plus quels espaces sont destinés à la voiture et lesquels sont destinés au piéton.ne.s. Les rues ne sont pas droites, les espaces sont appelés à être des espaces qui se négocient, c’est-à-dire des espaces où l’on se rencontrent. La philosophie des aménageurs EPAREB se laisse deviner : comment faire mieux, avec moins.

Dans cette philosophie, trouver des manières justes d’intégrer l’existant à la planification, c’est-à-dire de mettre de reprendre l’existant et ses formes pour en hériter autrement, semble d’une importance capitale : une ancienne ferme traditionnelle a par exemple tellement été fondue dans le paysage des Bolles que personne ne la remarque.

Nous commençons à voir au loin, en contrebas, les Quatres Vents, autre quartier de ces années-là. ZAC, zone d’aménagement concerté, qui mettait déjà à l’époque le « participatif » comme valeur importante de la question de l’habitation. On s’attache d’autant plus à son territoire que l’on a son mot à dire sur son dessin… Le plan d’aménagement prend deux barres d’immeubles des années 50 comme ligne de force et se construit autour parsemé de bout de pinède qui précédait la ZAC : au lieu de faire de la ville et de rajouter de la nature après, ici, on laisse des trames de natures dans la façon de composer la ville.

Mais avant de se lancer plus en avant dans les quatre vents, nous passons par le parc des salles.

Somptueux parc, qui conserve comme axe de composition une ancienne départementale détournée, ici c’est de l’ancien « urbain » qui sert à organiser de la « nature ». C’est là qu’on s’arrête pour manger.

Pont du parc, Bernard Lassus, grille d’abeilles sculptées en fer forgé, inspiration des pratiques des papys dans le nord. Le pont est une fausse rocaille, inventée de toute pièce, dans lequel on aurait creusé le passage pour la route. Mais quand on tape sur la roche, c’est creux, c’est du polyester recouvert de ciment.

On passe sur la rocaille fictive comme si on ne quittait pas le parc. Sous le pont : on voit 4 voies, des immenses ronds points : Istres a été une ville test de la voirie, on y expérimente les rond-points,. on s’est rendus compte qu’ils étaient beaucoup trop grands. Quand Istres est devenue sous-préfecture de la métropole, on a eu de la spéculation immobilière qui attendait 200 000 habitants, or on est resté à 49 mille, les infrastructure sont immenses, la population y est fictive. C’est comme un rêve de ville faite de maisons individuelles avec garage pour un peuple manquant.

Ecole ouverte, la cours de récré est la pinède d’à côté. « La nature, c’est ici ! », nous crie un enfant au milieu d’un stade de foot à qui nous disions la chercher. On marche vite, sentiers pédestres, pédibus, arrière couloir sans véhicules : c’est important pour la façon dont c’est entretenu aussi. Pourtant, on n’y croise personne.

Fossé drainant. Piscines olympiques, plus qu’à Marseille. Paysages composite de la fin, des cinémas, une ancienne patinoire, des salles de spectacles, on entend chanter « joyeux anniversaire » par une fenêtre…

On est en retard on doit arriver pour 17h au centre ville de Istres. On perd un peu le fil… Une immense villa romaine en béton avec colonnades nous surprend sur la droite. La fiction semble prendre le dessus sur la réalité.

[1]Etablissement Public d’Aménagement des Rives de l’Etang de Berre

Voir articles de presse sur cette balade

Maritima et Marcelle

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« Istres, les doigts verts » par Nicolas Memain – Dimanche 10 novembre 2019

 

Istres est un vieux village et une ville nouvelle. Entre étang-s, collines et plaine de la Crau, les plans des ZACs des années 1970 et 1980 ont prévus parcs, espaces verts, mails piétons, chemins d’écoliers que nous arpenterons dans le calme, la volupté et la recherche de l’ombre. Une journée complète à explorer cette ville nouvelle, pour y apprendre ensemble comment la nature rend service à la vie urbaine, et comment elle nous aidera à nous adapter au changement climatique. L’action municipale, à travers les actions d’urbanisme passées et en cours et du rôle du service des Espaces Verts, y seront éloquentes et exemplaires.

 

Ce récit est tiré de promenades que s’inscrivent dans le programme de 5 ans du projet européen Nature 4 City Life (2017-2022) qui favorise une meilleure intégration de la nature dans le projet urbain dans un contexte de changement climatique.